Nous, les jeunes des îles du Pacifique impliqués dans le mouvement pour le climat, avons un rôle important à jouer : nous débarrasser de notre image de victimes du réchauffement climatique et raconter la véritable histoire des habitants des îles du Pacifique dans toute leur diversité. Même si nous subissons les conséquences du changement climatique, nous continuons de vivre, de nous épanouir avec un esprit de résistance hors du commun.

Pour faire vivre nos peuples, nous devons raconter leurs histoires, encore et encore. Nous devons mettre en lumière nos histoires dans toute leur variété et les consigner dans la mémoire collective afin que les générations suivantes puissent en tirer des enseignements. Ceci pour le bien de tous les habitants des îles du Pacifique, pas seulement ceux qui se trouvent sous le feu des médias.

Ce que l’on raconte sur nous reflète pas nos réalités ; c’est pourquoi, cette année, 350.org Pacifique a choisi de recueillir ces témoignages et de les mettre en lumière.

Les histoires que nous avons écoutées dans toute la région sont un témoignage de notre réalité devant le climat. Elles reflètent aussi nos espoirs pour le Pacifique et pour le reste de la planète. Cette année, 350.org Pacifique a pris la situation en main pour faire entendre nos voix au reste de la planète.

Les récits qui suivent reflètent la réalité de nos peuples, qui se trouvent aux premières loges du réchauffement climatique. Ces témoignages du front racontent aussi l’histoire d’un peuple qui n’abandonne jamais.

L’année dernière, les défenseurs du climat dans le Pacifique ont bloqué le plus grand port charbonnier du monde pour envoyer un message clair à l’industrie des combustibles fossiles. Cette année, nous enverrons un message à ceux qui investissent dans la crise climatique.

Nos équipes voyagent actuellement dans toute la région Pacifique pour écouter et recueillir des témoignages sur la destruction des modes de vie dans le Pacifique. Nous consignerons ces histoires par écrit et nous les tisserons pour fabriquer des nattes traditionnelles. Ces nattes et les histoires qu’elles représentent voyageront avec nous au Vatican pour montrer les risques que court la planète si les chefs religieux ne désinvestissent pas des combustibles fossiles.

Nous espérons aussi faire entendre ces récits lors de la COP21 à Paris pour que les chefs d’État qui y assisteront comprennent que le changement climatique est une question de survie pour les peuples du Pacifique. Ils doivent prendre conscience de la situation désespérée dans laquelle se trouvent les îles du Pacifique et écouter leurs dirigeants.

Pour en savoir plus sur les défenseurs du climat dans le Pacifique

 

DÉCOUVREZ NOS HISTOIRES

Nous ajouterons régulièrement de nouveaux témoignages. Alors revenez sur le site !

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Aux premières loges du changement climatique: Kiribati

Kiribati est le premier des archipels à nous faire part de son histoire. Au début de l’année, Kiribati a été victime de grandes marées qui ont pratiquement tout détruit sur leur passage.

Même si les grandes marées sont un phénomène naturel, nous savons que le réchauffement climatique les rend encore plus colossales. Cela donne une triste idée de ce que seront dorénavant les effets de la montée du niveau de la mer sur les Kiribati. Une légère hausse du niveau de la mer cause des dégâts considérables

Photographies : Fenton Lutunatabua

 

 

Ces enfants jouent devant une paillotte à kava et a été détruite par les dernières grandes marées. La plupart de ces paillottes fournissent une source de revenus stable à leurs propriétaires et à leurs familles. Alors que les enfants jouent au milieu des ruines, les propriétaires de la paillotte nettoient l’espace en se demandant comment ils vont désormais faire vivre leurs familles.

 

 

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La majorité des puits de Tarawa ont été inondés d’eau de mer, ce qui les a rendus inutilisables. Les habitants de Kiribati dépendent maintenant de l’eau de pluie ou de l’eau stockée par les pouvoirs publics de Bonriki. La dernière grande marée a complètement inondé les villages et détruit les bananiers, les arbres à pain mais aussi les cultures.

 

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La digue sur laquelle joue ce petit garçon de 3 ans était trop basse pour les grandes marées qui ont ravagé les terres et les bâtiments. Ses parents venaient juste de rénover leur cuisine. Tout comme le jardin, la salle de séjour et la chambre du petit garçon, elle a été détruite par les dernières grandes marées. Sa famille n’est malheureusement pas la seule à avoir vécu cela.

 

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« C’est la troisième fois que je reconstruis ma digue détruite par les grandes marées. Les dernières ont été les plus fortes que j’aie jamais vues. Pourtant, je dois quand même reconstruire ma digue pour protéger ma famille. »

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Âgé de 60 ans, Pauro, de Temwaiko, est le seul homme de sa famille. De toute sa vie il n’a jamais eu aussi peur des vagues que durant la dernière grande marée. Il ne craint pas pour sa survie mais pour celle de ses filles et sa famille.

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Un vieux camion bleu hors d’usage est devenu une aire de jeux pour ces enfants de Betio. Une scène désormais quotidienne à Kiribati : des enfants jouant dans des environnements dangereux. De vielles voitures rouillées deviennent des terrains de jeu, des digues rompues des parcs d’aventure et les plages dévastées des terrains de football.

 

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« Je me souviens que je n’en croyais pas mes yeux. Toutes ces destructions, c’était à pleurer. Nous avons appris qu’une autre grande marée est sur le point d’arriver, alors nous sommes préparés. Mon fils a déjà construit une nouvelle digue autour de notre maison pour nous protéger. »

 

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. Pour ces vieilles dames, cette grande marée a été la plus forte de toute leur vie. La première dame, Kiariari, a vu les grandes marées détruire sa maison, et la seconde, Karo Tebenuakai, a perdu tout son jardin. Les gens de Kiribati vivent dans de simples habitats traditionnels, ce qui les rend plus vulnérables à l’augmentation de l’intensité des marées. Ils dépendent aussi de leurs cultures de féculents riches en glucides. Sans toit et sans nourriture, la vie n’est pas facile.

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. Thomas Katioua, le gardien de l’hôpital de Betio, était de service le jour où les grandes marées ont détruit la maternité. Durant le chaos, il a tenté tout d’abord de protéger les mères et les nouveau-nés. La vieille épave devant laquelle il pose se trouvait originellement au fond du lagon. Elle a été emportée par les grandes vagues vers les digues au point d’en défoncer une bonne partie. Heureusement, l’hôpital a été épargné mais les habitants qui vivaient près des côtes se sont retrouvés dans le chaos le plus total.

« Nous sommes en train de rénover le bâtiment car les malades ont besoin de soins. Maintenant la clinique est à nouveau en état de marche, une nouvelle digue plus élevée a été construite ; la maternité a rouvert ses portes et tout est prêt maintenant. Je pense que tout cela est dû au changement climatique. »

 

« Les grandes marées ont créé énormément de problèmes. Cependant, nous avons eu beaucoup de chance que les vagues n’aient pas détruit les digues. Ce qui s’est passé, c’est que la marée était si forte qu’elle est montée bien plus haut que les digues avant de déferler sur l’hôpital. »

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Les routes et la digue le long de ce village côtier à Temwaiko ne sont pas faites pour ce genre de vagues qui détruisent toujours tout sur leur passage. Se rendre dans d’autres villages est devenu difficile car les routes ont été détruites, et les digues qui étaient là pour protéger les villages se sont écroulées sous la force des grandes marées.

 

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Aux premières loges du changement climatique : la Papouasie-Nouvelle-Guinée

L’île suivante à nous faire part de ses témoignages est la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Nous voulons insister à nouveau sur le fait que, même si les grandes marées ne sont pas une conséquence directe du changement climatique, ce dernier les rend encore plus violentes.

Une équipe de 350 Papouasie-Nouvelle Guinée s’est rendue dernièrement à Buka pour recueillir les témoignages des habitants des îles Carteret, qui sont les tout premiers réfugiés climatiques du monde. L’équipe dirigée par Arianne Kassman, coordinatrice de 350 Papouasie-Nouvelle Guinée, s’est entretenue avec celles et ceux qui peuvent nous raconter la réalité du changement climatique dans les îles Carteret.

 

Ursula et la grande marée

Ursula nous parle de la plus grande marée à laquelle elle a dû faire face aux Carteret et de ce que l’environnement a subi.


La disparition du « pulaka »

Loyd Micah, 29 ans, originaire des îles Carteret, nous raconte l’histoire du pulaka, le taro polynésien des îles Carteret. Dans cette histoire, il nous raconte ce qu’a subi cette espèce géante de taro à cause du changement climatique.


Je suis ici pour que mes petits enfants aient un foyer.

Martha est née en 1962 sur les îles Carteret. A l’heure où elle partage l’histoire de sa vie avec nous, on comprend parfaitement qu’elle a pris chacune de ses décisions pour préserver l’avenir de ses petits-enfants.


Nous devons cultiver nos aliments pour survivre.

Brigette Tsibi explique pourquoi elle abandonne sa maison. Elle a dû accepter la réalité : pour elle, il est devenu tout simplement impossible de survivre sur son île natale. Elle a pris la décision douloureuse d’abandonner sa maison et de reloger sa famille pour qu’elle puisse cultiver sa propre nourriture.


Pourquoi les habitants des Carteret partent-ils ?

Ursula Rakova est responsable de Tulele Peisa, l’organisation qui aide les habitants des Carterets à se reloger à Buka, sur le continent. Dans cette vidéo, elle explique pourquoi les habitants des Carteret doivent être déplacés et comment les grandes marées et les tempêtes fréquentes affectent leur mode de vie.


La nouvelle réalité climatique

Joseph Riosi de l’île Han nous fait part de ce que subit son île confrontée au changement climatique.


Aux premières loges du changement climatique : Vanuatu

L’île suivante à partager ses histoires est Vanuatu. En début d’annéeVanuatu a été frappée par le cyclone tropical Pam– la pire catastrophe naturelle qu’ait connue l’archipel et la plus grande tempête jamais vue dans le Pacifique Sud. Nous savons que le changement climatique rend ces cyclones plus violents.

Photos et interviews : Isso Nihmei, coordinateur de 350 Vanuatu.

 

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Je m’appelle Thomas Roror et je viens de Malwa Bay, un petit village sur l’île de Malekula. Nous habitons près d’un petit lac où nous puisons de l’eau douce pour boire et nous laver.

Le changement climatique est vraiment un problème pour nous à Malekula, surtout dans mon village où nous vivons au quotidien avec ses conséquences. Après le passage du cyclone Pam, je suis retourné sur mon île d’origine pour vérifier si ma famille et mes amis étaient sains et saufs. Ils l’étaient tous, mais le lac qui se trouvait à proximité de notre maison a été complètement détruit. L’eau douce est désormais de l’eau saumâtre, l’eau de mer s’y infiltre facilement.

Le service des travaux publics de notre région a tenté de construire des digues pour bloquer l’eau de mer, mais elles ne sont pas assez solides pour la retenir à long terme.

 

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Je m’appelle Sethy Melenamu et je constate que le changement climatique est devenu un problème énorme à Vanuatu ; ce n’est pas une chose qui affecte uniquement l’environnement, cela touche aussi les générations futures et compromet leur avenir. Je veux que les pays industrialisés réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre et en finissent avec l’industrie des combustibles fossiles. Je ne veux pas non plus que demain, on dise de moi que je suis une réfugiée climatique. Après tout, j’ai déjà une terre, un pays et un gouvernement ! En ce moment, nous sommes en pleine saison sèche à Vanuatu, ce qui fait qu’une grande partie de l’eau de puits a disparu. Nous avons besoin d’eau pour survivre et, malgré tous nos efforts, de plus en plus de puits s’assèchent.

Je pense que nous, les jeunes générations, nous devons soutenir notre gouvernement, qui représente les intérêts de notre peuple et s’exprime en son nom lors des négociations climatiques internationales. En tant que peuple, nous devrions demander d’abord une transition vers les énergies renouvelables. Je soutiens le gouvernement dans son combat pour parvenir à un accord climatique juridiquement contraignant qui soit le garant de notre survie.

 

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Lili, 21 ans, vit dans le village d’Erakor sur les îles Éfaté. Elle est la fille du chef de l’île, qui est propriétaire d’un morceau de plage à Etmat Bay, un endroit très connu pour faire des barbecues ou des pique-niques en famille ou entre amis.

Je me souviens de cet arbre couché sur la plage que nous utilisions, enfants, pour jouer à cache-cache. J’ai beaucoup de souvenirs d’enfance sur cette plage.

Le cyclone tropical a changé beaucoup de choses pour nous et pour cette plage que possédait mon père. Les cabanes à pique-nique et les barbecues temporaires que nous y avions construits ont tous été emportés, les grandes marées sont beaucoup plus fortes qu’avant et la mer s’est rapprochée de 20 mètres de la route.

L’une des choses qui me fait le plus peur, c’est que les terres de mon père soient noyées sous l’océan. Si nous perdons ce morceau de plage, nous n’aurons plus rien.

 

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Fred Langa vient du village de Mélé sur l’île d’Éfaté. Pour Fred et sa famille, le changement climatique est un grand problème. Cela fait 21 ans qu’il vit dans ce village, ce qui lui permet de constater de ses propres yeux combien le niveau de la mer augmente et comment cela affecte tous les sites côtiers. Fred, comme bien d’autres à Vanuatu, affirme que le cyclone Pam a été le plus grand qu’il ait jamais vu et il craint, comme beaucoup d’autres habitants, que cela ne soit pas fini.

Ma famille a dû déménager à l’intérieur des terres parce qu’il n’était plus possible de rester là où nous vivions.

Depuis mon enfance, je vis avec les effets du changement climatique. Aujourd’hui, je suis encore plus inquiet pour mon avenir. J’en arrive à un point où je veux comprendre les causes du changement climatique et demander aux responsables de rendre des comptes.

Aux premières loges du changement climatique : les îles Salomon

  Nous allons maintenant dans la province de Malaita, où le coordinateur de 350 îles Salomon, Starling Konainao, s’est entretenu avec des personnes âgées sur les effets du changement climatique sur leur communauté.

Je m’appelle Starling Konanaio et je viens de Lilisiana et d’Ambu, deux villages situés près du port d’Auki. La capitale de la province de Malaita se trouve au milieu de ces deux communes. Habitants du littoral, nous dépendons de la mer pour nous nourrir et pour notre tissu économique.

 

Ambu, à Auki, dans la province de Malaita.

Voici le lycée d’Ambu. Le bâtiment qui se trouve derrière ces enfants est à environ 5 ou 6 mètres de la mer, et il y a quelques années seulement il y avait une route juste là où marchent les enfants. Les administrateurs de l’école s’inquiètent de la hausse du niveau de la mer, car on estime que dans environ 5 ans, l’océan aura atteint les fondations du bâtiment.

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Le village d’Ambu

Ce petit garçon était juste un bébé quand ses parents ont planté des semis de mangrove. Les habitants d’Ambu ont pris l’initiative de replanter la mangrove pour essayer de stopper l’érosion du littoral ; il m’a dit qu’il poursuivra le combat de ses parents et qu’il fera tout son possible pour protéger sa maison et sa famille.

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La plage Lilisiana à Auki, province de Malaita.

Ce morceau de terre et ces arbres sont les seuls moyens d’empêcher la mer de pénétrer dans les zones humides intérieures. Si cela se produit – ou plutôt quand cela se produira – cela provoquera de nombreux dégâts sur la végétation et aux habitants de Lilisiana.

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Le village de Lilisiana à Auki, province de Malaita.

Les gens du village tentent de protéger leur village de la manière la plus efficace possible, en construisant leurs maisons sur des murs de pierre élevés. Pourtant, quoi qu’ils fassent, ils restent vulnérables à la montée du niveau de la mer et aux cyclones. Les personnes âgées de la communauté m’ont dit qu’elles ne comprenaient plus la fréquence des marées et qu’elles pensaient que leurs connaissances ancestrales ne valaient plus rien.

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Aux premières loges du changement climatique : les îles Fiji

Maintenant, nous nous rendons aux îles Fiji où George Nacewa et l’équipe de 350 Fiji ont voyagé environ 12 heures pour se rendre à Vunisavisavi, un petit village sur Vanua Levu, la deuxième île de l’archipel des Fiji. Vunisavisavi a été identifiée par iTaukei Affairs Board (le service du gouvernement qui s’occupe des intérêts des populations autochtones des Fiji), comme l’un des villages qui devront être déplacés à cause des conséquences du changement climatique. George a rencontré plusieurs habitants du village pour comprendre leur réalité face au changement climatique.

 

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Fiji1Je suis né à Vunisavisavi, et je me souviens que pendant mon enfance, j’ai joué de nombreuses fois entre les arbres qui poussaient le long de la plage. Tu vois cet arbre, le Baka ? Eh bien nous y grimpions autrefois quand la mer n’était pas si proche de la terre. A cette époque, la mer était à environ dix, quinze mètres de la côte. Aujourd’hui, elle est si proche qu’elle fait peur. Nous avons récemment construit une maison au bord de la plage. Au moment de creuser les fondations, de l’eau de mer est apparue par infiltration. La mer envahit notre terre et cela cause toute une série de problèmes. Nos fosses septiques sont remplies d’eau de mer au moment des marées, les ruisseaux qui nous alimentaient en eau douce sont maintenant saumâtres et nos cultures ne peuvent plus pousser. En plus de cela, la quantité d’eau potable est réduite par la vague de sécheresse que nous vivons en ce moment, donc nous devons économiser l’eau douce restante pour boire, cuisiner et nous laver.

Les experts qui ont visité mon village ont prévenu les personnes âgées que dans 10 ans, le village entier sera probablement englouti par la mer ; les anciens du village nous ont conseillé de déménager à l’intérieur des terres et de construire nos maisons sur les collines.

Je peux vous garantir que même si tout cela est notre quotidien, nous n’attendons pas que les effets du changement climatique nous dictent notre vie. Nous faisons de notre mieux pour les contrer.

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J’ai 47 ans et je n’ai jamais vu la mer aussi haute de toute ma vie. Maintenant, elle vient jusqu’à cet arbre, le kavika. On n’a jamais vu ça ! Le ruisseau qui est à ma gauche fournissait de l’eau potable aux anciens pour boire et cuisiner, mais maintenant il est devenu inutilisable à cause de l’eau de mer.

La terre sur laquelle nous marchons en ce moment est celle de mes ancêtres. Nous sommes juste à côté du lieu de naissance du premier chef de Cakaudrove, car un autre chef nommé Tui Cakau a demandé à mes ancêtres de rester ici pour veiller sur la terre en son nom. Nous tenons toujours notre promesse aujourd’hui. Nous avons appris à aimer cet endroit, et même si beaucoup de gens nous ont conseillé de partir à cause de la hausse du niveau des eaux, nous ne pourrons jamais le faire : c’est le lieu de naissance de nos ancêtres et là où sont nées nos coutumes et traditions.

La seule chose que l’on puisse faire est de continuer à nous préparer à vivre les conséquences du changement climatique et à espérer que l’on nous aidera à protéger la terre de nos ancêtres.

 

Meredani Koso

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Je suis une institutrice à la retraite, j’ai enseigné pendant presque 40 ans. Mon mari et moi avons déménagé en 2012 à Vunisavisavi, son village d’origine, pour aider les gens et veiller sur la terre de nos ancêtres. C’est un grand privilège d’être de retour à Vunisavisavi après avoir enseigné si longtemps partout dans les Fiji, surtout parce que cela nous permet d’éduquer les enfants et de partager la parole de Dieu.

Quand mon mari et moi sommes revenus, j’ai pris conscience qu’il nous fallait construire une maison en béton pour protéger les autres et notre famille des ouragans, car nous vivons si près de la mer… Nous avons aussi décidé de construire notre maison ainsi pour que les enfants puissent venir et utiliser nos tables et nos chaises et avoir assez de lumière pour faire leurs devoirs le soir.

Quand je travaillais et gagnais de l’argent, nous pouvions nous permettre d’acheter dans les magasins. Maintenant que nous sommes de retour, mon mari a commencé à cultiver de quoi manger et nous vivons de la terre. Dans le village, la terre joue un rôle fondamental pour subvenir à nos besoins. J’ai dit à mon mari que si nos ancêtres ont réussi à vivre de la terre, nous pourrions aussi le faire. Cela semble bien peu de chose, mais ce que nous obtenons de cette terre, nous le partageons, et c’est ça l’essence de notre peuple.

Quand vous vivez dans le village, vous vous rendez compte que vous n’avez pas besoin d’acheter beaucoup de choses dans les magasins. D’une noix de coco, par exemple, nous pouvons extraire de l’huile de coco, de l’huile pour le corps, du lait de coco et des fibres pour faire des cordages. Nous, ce que nous avons pour survivre est à portée de main. Nous avons de la chance d’avoir tout ça. Dieu nous donne tant ! Il est important de bien utiliser tout ce qu’il nous offre, mais le changement climatique menace notre mode de vie, nos traditions.

Désormais nous vivons avec l’électricité solaire, ce qui est pratique car cela alimente les appareils électriques dont nous avons besoin. Pour seulement 18 dollars par mois, nous avons de l’électricité toute la journée sans avoir à supporter le bruit du générateur. Le générateur que nous utilisions autrefois coûtait 20 dollars par mois avec une limite de 3 heures d’utilisation par nuit. Nous sommes contents d’utiliser l’énergie solaire, c’est de l’énergie à l’état brut.

Si j’ai un message à faire passer ici c’est de ne jamais oublier qui tu es et d’où tu viens. Souviens-toi toujours de ceux d’entre nous qui vivent ici dans ces villages et qui ont l’immense responsabilité de préserver notre identité autochtone, de la maintenir en vie tout en protégeant la terre de nos ancêtres. Si vous pouviez nous aider, vous seriez les bienvenus.

 

Kusitino Vodowaqa

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Tous les jeunes de Vunisavisavi travaillent désormais avec les anciens pour construire des bassins hydrauliques afin d’avoir de l’eau potable et d’apprendre aussi de nos traditions. De nos jours, il y a peu de jeunes dans le village mais ceux qui restent doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour que les générations suivantes connaissent le Vunisavisavi que nous avons connu. Je pense chaque jour aux défis auxquels feront face les générations suivantes à cause de cette mer qui ronge peu à peu nos terres. La hausse du niveau de la mer affecte toujours les maisons de bord de plage, nous ne pouvons plus cultiver autour du village et les changements des conditions météorologiques transforment notre vie quotidienne.

 

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Autrefois, cet endroit était recouvert de bananiers, d’arbres à pain et de cocotiers, mais ces dernières années, nous avons vu ces arbres mourir. Aujourd’hui, ils ne produisent plus de fruits. La mer continue de ronger nos terres sans répit. Ces pierres sont tout ce qui reste du muret qui entourait la maison traditionnelle du Tui Cakau. Le reste a été balayé par la mer.

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Iowane Tikoisuva

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Nous avons dû déménager ailleurs parce que la maison dans laquelle nous vivions a été détruite par la hausse du niveau des eaux et la météo capricieuse que nous subissons désormais. Elle était construite sur les terres ancestrales du Tui Cakau mais nous avons dû l’abandonner à cause de la hausse du niveau de la mer. Cependant, le Tui Cakau a déclaré qu’il souhaitait reconstruire sa bure (maison de repos traditionnelle) sur ce morceau de terre. En dépit des menaces actuelles du changement climatique, il croit dans le « mana » de la terre et veut vivre à nouveau sur celle de ses ancêtres.

En premières lignes du changement climatique : Tokelau

Nous allons maintenant à Tokelau où la guerrière climatique, Litia Maiava, nous offre son témoignage en tant qu’habitante des îles du Pacifique confrontée aux effets du changement climatique.

 

Tokelau1Il y a plusieurs années, notre terre était plus vaste. Maintenant, avec le changement climatique notre terre rétrécit de plus en plus à cause de la hausse du niveau de la mer.

Je me souviens qu’enfant, je jouais avec mes amis sur cette plage qui, maintenant, a disparu. Notre plage a été engloutie par l’eau et je ne peux imaginer comment ce sera dans les prochaines vingt années si nous ne nous attaquons pas au changement climatique. Nos maisons seront probablement englouties par les eaux, nous risquons de tout perdre!

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youth kids school maititi filming 053Mon père a construit trois maisons à ma famille sur cette terre. Malheureusement, ces maisons ont été détruites par les cyclones Val et Olaf en 1991 et par le cyclone Percy en 2004. Cela n’a pas touché seulement ma famille, de nombreux foyers qui vivent sur le littoral ont été détruits. Les gens nous ont conseillé de déménager car ils pensent que Tokelau disparaîtra dans les prochaines 20 à 50 années. Je ne peux pas faire ça et je ne le ferai pas, en tant que guerrière du climat de Tokelau, je dois résister et défendre mes îles. C’est ma responsabilité et mon devoir de protéger ma terre de la menace du changement climatique.

Je suis ici en Europe pour demander aux dirigeants de ce monde d’abandonner les combustibles fossiles et de désinvestir de cette industrie. Toute l’électricité de Tokelau est alimentée par des énergies renouvelables. Si nous pouvons le faire, vous aussi!

 

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Aux premières loges du changement climatique : les îles Marshall

Par Niten Anni des îles Marshall

J’habite sur un des petits atolls de faible altitude. Près de 70 000 personnes vivent aux îles Marshall, la plupart d’entre elles à Majuro, qui est la capitale, et sur Kwajalein qui est le plus grand atoll du monde.

Aujourd’hui, nos îles, comme de nombreux autres atolls, sont gravement menacées. Les grandes marées, exacerbées par le changement climatique, font des dégâts sur la plupart de nos maisons et grignotent de nombreuses plages.

Beaucoup de choses ont changé sur nos îles. Quand j’étais plus jeune et que j’allais plonger avec mes oncles, l’écosystème marin était beaucoup plus luxuriant et vivant avec ses couleurs et sa beauté sans pareilles. Aujourd’hui, il n’est plus aussi beau qu’avant.

Des choses normalement simples comme l’accès à l’eau potable sont devenues plus difficiles à cause du changement climatique. La sécheresse sur les îles est désormais beaucoup plus présente, ce qui signifie que nos bassins ne se remplissent plus et que nous devons maintenant aller chercher de l’eau au puits. En temps normal, cela ne poserait aucun problème mais avec l’intesification des grandes marées, les puits se sont remplis d’eau salée. Pourtant, nous n’avons pas d’autre choix que de la boire.

Le plus gros problème pour mon peuple qui vit sur ces îles est de faire face aux grandes marées. Ces marées ont rendu notre quotidien presque insupportable.

Cependant, nous bénéficions de l’aide d’une équipe formidable de jeunes gens qui font tout ce qu’ils peuvent pour garantir la survie de notre peuple. Deux de mes collègues, Milañ Loeak et Kathy Jetnil-Kijiner, sont particulièrement investis dans cette mission. En 2014, Milañ était l’un des guerriers climatiques du Pacifique qui ont bloqué le plus grand port charbonnier du monde afin d’envoyer un message clair à l’industrie des combustibles fossiles pour lui faire entendre que son expansion est source de destruction dans tout le Pacifique ; quant à Kathy, elle a décrit magnifiquement le sort des îles du Pacifique aux dirigeants de ce monde lors du Sommet climatique des Nations Unies qui a eu lieu l’année dernière à New York.

Cette vidéo montre les effets du changement climatique sur les îles Marshall :

 

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