Deux semaines durant, les négociateurs ont tâché de parachever les « règles de mise en œuvre » de l’Accord de Paris, c’est-à-dire les dispositions détaillées censées guider la concrétisation de l’accord sur le climat de 2015. Bien décidés à préserver leurs intérêts charbonniers, pétroliers et gaziers, une poignée de grands pays se sont évertués à bloquer virtuellement chacun des points de l’ordre du jour.

Cette attitude est incompatible avec les exigences des millions de participants aux grèves climatiques de 2019, qui réclament une action rapide et radicale, et avec les mises en garde de plus en plus désespérées des scientifiques et chercheurs.

 La COP25 est un succès pour l’industrie fossile, qui est parvenue à faire prévaloir ses intérêts en s’opposant à toute avancée et en compromettant le résultat final. À mesure qu’approchait l’échéance, la conférence a pris des allures de prise d’otages dans un bâtiment en feu : l’industrie fossile et quelques gouvernements complaisants se sont installés aux commandes et ont piégé la plupart des négociateurs – et avec eux les peuples et la planète. Finalement, après avoir contraint les négociateurs à trois jours de travail ininterrompu, ils ont obtenu ce qu’ils voulaient : un texte édulcoré qui renvoie la majorité des grandes questions à la COP26. Si les politiciens ne prennent pas leurs responsabilités, les peuples prendront les leurs. 

Que les choses soient claires : après un an de grèves pour le climat et au vu du chaos climatique que nous annoncent les scientifiques, nos gouvernements doivent enfin prendre la seule décision acceptable, en s’engageant immédiatement à tourner la page des combustibles fossiles et à cesser de financer cette industrie mortifère. C’est avant tout d’une telle décision que dépendait le succès des négociations ; force est de constater que les politiciens ont une nouvelle fois déçu nos attentes. Comme de coutume, l’opposition et la mauvaise volonté des grands pollueurs et des gouvernements à la solde de l’industrie fossile ont poussé les négociations climatiques dans l’impasse. La science actuelle montre que personne ne sortira gagnant de cette situation. Jamais l’écart entre les efforts nécessaires et les velléités des politiciens n’a été aussi abyssal. Ce manque sidérant de courage et de responsabilité, qui ne peut s’expliquer que par l’emprise toxique que l’industrie fossile exerce sur le monde politique, est inexcusable.

De jeunes activistes et des leaders autochtones de toute la planète ont tenté d’apporter la conscience morale dont les négociations climatiques manquaient cruellement. Au lieu d’être écoutées, ces personnes ont littéralement été mises à la porte pour mieux permettre aux lobbyistes d’élaborer des règles nébuleuses ne servant qu’à masquer l’absence de mesures concrètes. 

Contrairement aux discussions climatiques, le militantisme citoyen n’en a pas fini avec 2019. Nous comptons bien nous mobiliser dans les capitales, les ministères, les sièges de banque et les infrastructures fossiles aux quatre coins du globe. Nous continuerons de manifester, de bousculer le statu quo et de mettre la pression sur les politiciens. Nous allons voter et faire campagne pour faire entendre notre voix. Un peu partout, les politiques climatiques dont nous avons besoin gagnent en popularité.  Les gens exigent une transition socialement juste bénéficiant tant à la planète qu’à la population, et en particulier aux personnes les plus vulnérables et les plus touchées par la crise en cours.

Ceux qui affirment que 2019 a été l’année de la révolte de la jeunesse pour le climat n’ont encore rien vu.

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* Au cours de ces seuls derniers mois, plusieurs rapports d’agences de l’ONU et d’organisations de recherche ont confirmé que pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, nous devons dès à présent réduire les émissions mondiales de 7,6 % par an jusqu’en 2030 (PNUE). Les plans climatiques actuels nous mettent hélas sur la voie d’une hausse de 3,2 °C de la température et d’une production planétaire de combustibles fossiles dépassant de 120 % celle compatible avec un réchauffement de 1,5 °C (PNUE et Stockholm Environment Institute). Pendant ce temps, les émissions mondiales continuent d’augmenter et les signes et impacts révélateurs des dérèglements climatiques, comme la hausse du niveau de la mer, la fonte des glaces et les événements météorologiques extrêmes, se sont tous accentués au cours des cinq dernières années (OMM).