Une nouvelle étude de 350.org révèle que les énergies fossiles coûtent aux ménages bien plus que leurs factures d’énergie : en ajoutant les subventions publiques financées par l’argent des contribuables, les conséquences dramatiques sur la santé et les dommages liés aux catastrophes climatiques qu’elles provoquent, la note grimpe à 12 000 milliards de dollars supplémentaires par an — soit 1 400 dollars par habitant·e de cette planète. À chaque minute qui passe, c’est un cadeau de 23 millions de dollars qui est fait aux géants du pétrole et du gaz.
Dans son rapport “Une addition salée : comment les énergies fossiles vident les poches des ménages et freinent l’économie”, l’ONG 350.org s’appuie sur les estimations du FMI pour recalculer ce que le secteur fossile coûte réellement à la société — subventions publiques, dommages sanitaires et climatiques compris. Et le verdict est clair : 12 000 milliards de dollars par an [1] « ponctionnent dans un silence assourdissant des milliers de milliards sur les budgets des ménages et vident les caisses de l’État », pendant qu’une poignée de multinationales engrangent des profits records sur fond de guerre au Moyen-Orient.
Le rapport souligne que :
- Les énergies fossiles causent 9 300 milliards de dollars par an de dommages liés aux catastrophes climatiques et à la pollution atmosphérique, des coûts sous-estimés par le FMI [2] dont l’industrie fossile devrait répondre, mais qu’elle répercute intégralement sur les citoyen·nes, via leurs impôts et directement de leur poche.
- Les 4 100 milliards que le FMI sous-évalue [3] pourraient financer plus de 5 900 gigawatts de nouvelle capacité solaire, de quoi alimenter en électricité tous les foyers d’Afrique, d’Asie du Sud et d’Amérique latine réunis.
- Les 12 000 milliards de dollars dus chaque année par l’industrie fossile représentent plus de cent fois le montant total des financements climatiques internationaux — c’est-à-dire l’argent que les pays riches se sont engagés à verser pour aider les pays les plus vulnérables à faire face à la crise climatique.
- Au cours des 50 premiers jours de la guerre, la flambée des prix de l’énergie a entraîné un transfert de plus de 150 milliards de dollars des portefeuilles des citoyen·nes ordinaires vers les comptes en banque des compagnies pétrolières et gazières. [4]
Alors que des représentant·es de plus de 50 gouvernements se réunissent dès cette semaine à Santa Marta, en Colombie, pour la première conférence internationale sur la transition hors des énergies fossiles, 350.org les appelle à saisir cette occasion historique pour enfin mettre le monde sur la bonne trajectoire. « Des décennies de retard ont transformé chaque flambée des prix du pétrole en situation d’urgence pour les ménages, et chaque catastrophe climatique en fardeau supplémentaire sur les économies des communautés les plus pauvres », déclare l’organisation.
350.org appelle les gouvernements à :
- Taxer les profits excédentaires des entreprises fossiles – non seulement en temps de crise, mais de façon permanente – et réinjecter ces recettes directement dans la réduction des factures énergétiques des citoyen·nes.
- Mettre fin aux subventions publiques au secteur fossile, les remplacer par des aides ciblées aux ménages les plus vulnérables, et orienter les fonds publics vers des énergies renouvelables – moins chères, plus fiables et réellement propres.
- Planifier une sortie juste des énergies fossiles et déployer massivement les renouvelables pour protéger durablement familles et entreprises contre les chocs énergétiques à venir.
En s’appuyant sur des études de cas en Asie, en Afrique et dans les Caraïbes, le rapport montre qu’un système énergétique alternatif est déjà en train d’émerger. Des réseaux électriques gérés par les communautés aux projets éoliens portés par des populations autochtones, en passant par des engagements régionaux en faveur d’une énergie 100 % renouvelable, le basculement vers des renouvelables faisant passer les personnes avant les profits est bien en marche.
Bill McKibben, militant pour le climat et fondateur de 350.org :
« Avec un phénomène El Niño en cours de formation qui laisse présager de nouveaux records de température en 2026 et 2027, ce sont une fois de plus les populations les plus pauvres qui supporteront l’essentiel du coût de cette tragédie. Il existe une fenêtre, étroite mais réelle, pour sortir de ces crises, une voie que la guerre a rendue brutalement visible. Ce serait un gâchis historique de ne pas la saisir. »
Anne Jellema, directrice générale de 350.org :
« Les arguments économiques en faveur des énergies fossiles ne se sont pas simplement affaiblis, ils se sont effondrés. Le chaos climatique et la volatilité des prix de l’énergie ont poussé les citoyen·nes ordinaires à un point de rupture : beaucoup ne sont plus en mesure de se nourrir, de se déplacer, de se loger ou de se soigner dignement. Les responsables politiques doivent reconnaître le coût réel des énergies fossiles et réorienter les fonds publics pour faire de l’énergie propre un droit et non un privilège. »
Hala Kilani, responsable de la diplomatie énergétique pour REN21 :
« Les énergies renouvelables échappent au contrôle d’une poignée de pays exportateurs de combustibles fossiles. Abondantes, décentralisées et accessibles, elles permettent de stabiliser les coûts et peuvent être déployées localement, renforçant l’autonomie des communautés plutôt que de concentrer le pouvoir entre quelques mains. Elles sont une réponse concrète aux enjeux de paix, de développement et de justice. Il est plus que temps de faire le choix d’énergies renouvelables, fiables et abordables. »
Hilda Flavia Nakabuye, fondatrice de Fridays for Future Ouganda :
« C’est une triple peine pour les familles africaines : elles subissent le prix des énergies fossiles à travers l’inflation, leurs impôts, et la multiplication des catastrophes climatiques. Le règne des énergies fossiles toxiques n’est pas un problème abstrait ou lointain, c’est une réalité que les gens vivent chaque jour. Les ressources publiques s’épuisent à maintenir ce système à bout de bras, tandis que les richesses sont extraites et exportées. Il faut que les pollueurs assument les dommages infligés à nos communautés depuis des générations. Il faut réorienter les investissements vers un système qui allège les charges des ménages, renforce leur résilience, et place les êtres humains avant les profits. »
Jan Rosenow, professeur de politique énergétique et climatique à l’université d’Oxford :
« Cette crise nous rappelle avec brutalité le danger que représente notre dépendance aux énergies fossiles, qui couvrent encore environ 80 % des besoins énergétiques mondiaux et alimentent l’instabilité que nous traversons. Plutôt que d’appliquer des remèdes provisoires à un problème bien plus profond, nous devons nous concentrer sur des solutions durables. La volatilité des prix n’est pas un dysfonctionnement du système fossile, c’en est la nature même. La vraie question n’est pas ce que la transition énergétique va nous coûter, mais ce qu’il nous en coûtera de ne pas agir. »
Muhammad Mustafa Amjad, directeur des programmes pour Renewables First Pakistan :
« Le système est structuré pour que les énergies fossiles continuent de prospérer, même lorsque des alternatives plus propres et moins coûteuses existent. Le Pakistan en offre une illustration saisissante : il a importé moins d’énergies fossiles et s’est retrouvé à payer davantage – preuve d’une défaillance systémique profonde. Nous avons appris, au fil des décennies, à bâtir notre système énergétique autour des fossiles. Nous devons maintenant apprendre à en construire un autre, fondé sur les renouvelables. Cette transition ne relève plus seulement de la croissance économique : c’est une question de survie. L’énergie solaire n’est pas simplement une source d’énergie propre, c’est un levier de stabilité économique et sociale. »
Le rapport et son résumé exécutif sont disponibles sur cette page.
Notes aux rédactions :
[1] Ce chiffre combine (a) environ 11 400 milliards de dollars de coûts sous-évalués — subventions gouvernementales, dommages provoqués par les catastrophes climatiques, pollution atmosphérique et externalités routières —, recalculés à partir des données du FMI à l’aide des modèles de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) validés par les pairs, et (b) environ 700 milliards de dollars d’aides à la production accordées aux producteurs fossiles, recensées par l’OCDE dans 52 pays.
[2] Le chiffre du FMI pour les dommages climatiques repose sur un prix du carbone de 85 dollars par tonne de CO₂ , à savoir le seuil minimal pour contenir le réchauffement sous 2°C, et non sur les dommages réels causés par les énergies fossiles. 350.org a recalculé ces données pour 186 pays en utilisant les modèles d’évaluation validés par les pairs qui fondent désormais le coût social officiel du carbone de l’EPA.
[3] Il s’agit des coûts sociaux des énergies fossiles non pris en compte dans les estimations du FMI, tels que recalculés par 350.org
[4] Cette estimation calcule les pertes liées à la flambée des prix à partir des moyennes pondérées des prix du pétrole et du gaz sur la période, croisées avec les niveaux de consommation mondiaux. Elle n’intègre pas encore les répercussions indirectes plus larges telles que l’inflation, la baisse de la production économique et la hausse du chômage.
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