Paris, le 2 novembre 2026
La France est le deuxième pays européen à avoir amené le plus de représentant·es du secteur des énergies fossiles aux négociations climatiques de l’ONU entre 2023 et 2025, révèle une nouvelle étude de Fossil Free Politics. Neuf organisations appellent la France à n’accréditer aucun·e représentant·e d’intérêts du secteur des énergies fossiles au sein des délégations française et européennes à la COP31, qui se tiendra en novembre à Antalya.
L’Europe traverse une crise énergétique qui fait grimper le prix des carburants et des denrées alimentaires, pendant que les six plus grandes compagnies pétrolières et gazières ont engrangé près de 80 milliards de dollars de bénéfices au deuxième trimestre 2026. Cet été, pendant que les vagues de chaleur causaient plus de 8 000 décès en France, les profits de TotalEnergies bondissaient de 127%.
Une étude publiée hier par Fossil Free Politics révèle l’ampleur de la présence des lobbyistes fossiles lors des dernières négociations internationales sur le climat (COP28, COP29 et COP30). Leur participation est rendue possible par les gouvernements, qui accréditent des cadres du secteur pétrolier et gazier, principalement grâce aux badges “party overflow”, leur ouvrant ainsi l’accès aux principaux décideurs et aux espaces de négociation privés.
- 332 représentant·es du secteur des énergies fossiles ont ainsi été amené·es aux trois dernières COP par la Commission européenne et les États membres de l’UE.
- Sur la période, la France est un des États les plus généreux, arrivant deuxième avec 48 représentant·es du secteur des énergies fossiles, derrière l’Italie (55) et devant la Belgique (47).
- ENGIE a reçu 14 accréditations, soit le deuxième rang des entreprises les plus accréditées. L’entreprise a notamment mené avec succès des actions de lobbying contre la mise en œuvre du règlement européen sur le méthane.
- À la COP30, la France a accrédité jusqu’à 26 lobbyistes lié·es aux intérêts fossiles, soit plus du tiers des 63 accrédité·es par les États membres de l’UE, ce qui fait d'elle le premier pourvoyeur européen lors de cette COP. Le PDG de TotalEnergies a lui aussi été accrédité, quelques semaines après la condamnation de l’entreprise par la justice française pour pratiques commerciales trompeuses en matière climatique.
- À l’échelle mondiale, un·e participant sur 25 à la COP30 de Belém était un·e lobbyiste des énergies fossiles. Avec 1 602 personnes, ils formaient un groupe plus nombreux que toutes les délégations nationales, à l’exception de celle du Brésil, pays hôte.
Accréditer les représentant·es de ces entreprises sape la confiance du public et retarde la sortie progressive des énergies fossiles à laquelle près de 200 gouvernements, dont la France, se sont engagés à Dubaï en 2023.
C’est dans ce contexte que, le 23 octobre 2026, neuf organisations (350.org, les Amis de la Terre France, Amnesty International, Attac France, Greenpeace France, Notre Affaire à Tous, Reclaim Finance, le Réseau Action Climat et Transparency International France également soutenues par l’Observatoire des Multinationales) ont adressé un courrier au Président de la République, Emmanuel Macron, et à Monique Barbut, Ministre de la transition écologique, les exhortant à :
- N’accréditer aucun·e représentant·e d'intérêts des entreprises du secteur des énergies fossiles au sein des délégations française et européennes à la COP31, y compris via les badges “party overflow”, sur le modèle de la Commission européenne depuis la COP29 ;
- Plaider pour des règles strictes de divulgation des conflits d’intérêts pour tous les participant·es aux COP, et pour protéger les négociations de l’influence de l’industrie fossile, sur le modèle de l’OMS qui tient les lobbyistes du tabac à l’écart de ses négociations depuis 2003.
Fanny Petitbon, Responsable France, 350.org déclare :
« Deuxième pays européen à avoir accordé un badge au plus grand nombre de lobbyistes fossiles au cours des trois dernières COP, la France laisse les pyromanes s’asseoir à la table des pompiers. Après un été caniculaire qui a causé plus de 8 000 décès dans le pays, elle ne peut plus cautionner les entreprises qui alimentent la crise climatique. Ces mêmes compagnies profitent de la crise énergétique pour engranger des profits records, qu’elles redistribuent généreusement à leurs actionnaires et réinvestissent sans aucun scrupule dans le pétrole et le gaz. Si la France est véritablement déterminée à sortir des énergies fossiles, elle ne peut pas laisser ceux dont c’est le modèle économique peser autant sur les négociations. À Antalya, Emmanuel Macron et Monique Barbut doivent cesser de dérouler le tapis rouge à l’industrie fossile et fermer la délégation française à ses lobbyistes. »
Fossil Free Politics a également écrit à la Commission européenne ainsi qu'aux gouvernements italien et belge. La coalition analysera les délégations à la COP31 dès que les données seront rendues publiques.
Contacts presse :
Hala Bounaidja Rachedi - 06 24 03 95 73