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septembre 29, 2026

Assemblée générale des Nations unies : une semaine qui a révélé les lignes de fracture du monde, sur fond de crise climatique

Hala Rachedi

Antonia Guterres

Pour António Guterres, c’était la dernière Assemblée générale des Nations unies en tant que secrétaire général de l’ONU. Il a saisi cette occasion pour plaider, à plusieurs reprises et avec force, en faveur de la coopération internationale, précisément au moment où celle-ci est mise à rude épreuve. Dans son dernier discours devant l’Assemblée générale, m. Guterres a appelé les gouvernements à adopter des plans nationaux de transition pour sortir des énergies fossiles, conformes à l’objectif de 1,5 °C, et à protéger les travailleurs et les communautés tout au long de cette transition. Puis, dans des termes qui résonneront bien au-delà de la salle de l’Assemblée générale, il a enjoint trois mots : « Les pollueurs doivent payer. »

Antonia Guterres

Pour nous, ici chez 350, cela compte. Depuis des années, des mouvements à travers le monde exigent que ceux qui ont le plus profité des énergies fossiles contribuent à réparer les dégâts causés par leur pollution. Le 21 septembre, 350.org, en collaboration avec Greenpeace et Oxfam, a remis à l’ONU une pétition comptant plus de 2 millions de signatures, appelant à faire payer les pollueurs. Le lendemain, cette exigence a été formulée au plus haut niveau de l’ONU.

Et Guterres n’était pas le seul. L’appel à une plus grande responsabilisation des principaux pollueurs a trouvé un écho auprès de dirigeants politiques, notamment la ministre espagnole de la Transition écologique, Sara Aagesen Muñoz

L’une des interventions les plus percutantes est peut-être venue du Népal. Le Premier ministre Balendra Shah s’est adressé à l’Assemblée générale à la suite des inondations dévastatrices des fleuves Bhotekoshi et Trishuli, qui ont fait plus de 1 400 morts et laissé des milliers de personnes portées disparues, selon les autorités népalaises. Il n’a pas parlé en termes abstraits des risques climatiques, mais des familles attendant des proches qui ne rentreront peut-être jamais chez eux ; des communautés fouillant la boue, les rochers et les eaux de crue ; et des maisons, écoles, routes et moyens de subsistance emportés par les eaux.

Son message était simple : le Népal a entendu les avertissements. Mais l’action politique mondiale n’a pas évolué à la vitesse requise.

« La catastrophe de la Bhotekoshi-Trishuli n’était pas seulement une tragédie locale, c’était un avertissement au monde entier. »

 

Shah a également mis en évidence l’injustice de la situation. Le Népal contribue à moins de 0,1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais subit pourtant les conséquences profondes du réchauffement climatique. Il a appelé à un renforcement du financement en faveur du climat, notamment sous forme d’aides non remboursables plutôt que de plonger sans cesse davantage les pays vulnérables dans l’endettement. Voilà à quoi ressemble concrètement l’injustice climatique : les pays qui ont le moins contribué à la crise sont contraints de consacrer leurs maigres ressources à faire face à ses conséquences.

LE SILENCE GÊNANT

Les scientifiques, les communautés les plus exposées et les mouvements pour le climat affirment depuis des décennies que l’effondrement climatique renforcera les vulnérabilités existantes, mettra en péril les moyens de subsistance, provoquera des déplacements de population et interagira avec les conflits et l’instabilité. Le problème fondamental ne vient pas du manque de connaissances ni de préconisations sur le sujet. Il vient du fossé entre ce que les gouvernements savent et ce qu’ils sont prêts à faire.

Cela nous amène à l’une des contradictions les plus préoccupantes du moment : les dirigeants qui présideront la prochaine phase des négociations sur le climat, l’Australie et la Turquie, ont tous deux profité de l’Assemblée générale des Nations unies et de la Semaine du climat de New York pour parler d’énergie, d’électrification et d’action climatique. Mais ils sont restés d’un silence assourdissant sur l’éléphant dans la pièce : la nécessité urgente de sortir progressivement des énergies fossiles. Ce n’est pas comme si nous traversions la pire crise énergétique de tous les temps, ni qu’il était crucial de rompre notre dépendance toxique au pétrole, au charbon et au gaz…

Mine de charbon dans la Hunter Valley, en Australie. Crédit photo : Max Phillips
Mine de charbon dans la Hunter Valley, en Australie. Crédit photo : Max Phillips

Point positif ceci dit, la Turquie a lancé son engagement mondial « 35-by-35 » en faveur de l’électrification, appelant à ce que l’électricité représente 35 % de la consommation finale d’énergie mondiale d’ici 2035, parallèlement à des initiatives couvrant les réseaux électriques, les bâtiments, les transports, l’industrie et l’intelligence artificielle.

L’électrification est importante. Mais une question fondamentale se pose, qu’il est impossible d’esquiver : électrifier avec quoi, et pour qui ?

ÉLECTRIFIER MAINTENANT, MAIS DE LA BONNE MANIÈRE

Comme l’ont fait valoir 350 et ses partenaires cette semaine, l’électrification doit aller de pair avec un développement rapide et juste des énergies renouvelables et l’abandon progressif du charbon, du pétrole et du gaz – ainsi qu’avec la mise à disposition de financements à destination des pays en développement. Plus de 92 organisations ont publié une lettre ouverte (en anglais) affirmant que l’objectif d’électrification n’a de sens que : 

  • si l’électricité est renouvelable, 
  • si elle profite aux populations qui n’ont pas accès à l’électricité aujourd’hui, 
  • si les fonds nécessaires sont dégagés, 
  • si elle s’accompagne de progrès via des négociations autour d’une transition juste, ce qui inclut le financement et l’adaptation.

Sans transition juste, nous risquons d’augmenter la demande en électricité tout en laissant le système des combustibles fossiles au cœur du système énergétique.

Cette contradiction était particulièrement visible dans les discours et les politiques entourant la COP31. L’Australie parle d’action climatique alors que son gouvernement a récemment approuvé l’extension de la mine de charbon de Saraji, exploitée par BHP. La Turquie promeut l’électrification tout en prévoyant de nouvelles capacités de production d’électricité à partir de combustibles fossiles. La question n’est pas de savoir si l’électrification est nécessaire. Elle l’est. La question est de savoir si les gouvernements sont prêts à éliminer progressivement les combustibles fossiles et à soutenir une transition juste.

L’AMBITION NE PEUT PAS ATTENDRE

Vue de rue des incendies de forêt dans la province d'Antalya, en Turquie, qui accueillera le sommet de la COP31. (Crédit photo : 350.org Türkiye)
Vue de rue des incendies de forêt dans la province d’Antalya, en Turquie, qui accueillera le sommet de la COP31. (Crédit photo : 350.org Türkiye)

En tant qu’hôte de la COP32, l’Éthiopie a montré ses intentions au travers du discours du président Atske à l’ONU, qui a incarné le leadership que l’Afrique de l’Est attendait. Elle a invité les dirigeants mondiaux en Éthiopie en novembre 2027 afin de trouver des solutions à la crise climatique, l’un des impératifs majeurs de notre époque. À l’heure où d’autres dirigeants mondiaux font marche arrière en matière d’action climatique, l’Éthiopie se montre ambitieuse. En tant que prochain hôte de la Conférence des Parties (COP32), c’est exactement le type de programme ambitieux dont l’Afrique a besoin, un programme qui donne la priorité à une transition centrée sur les personnes et visant à abandonner les combustibles fossiles.

Cependant, alors que le monde est sur le point de dépasser l’objectif de 1,5 °C, chaque fraction de degré que nous pouvons éviter de réchauffer compte – tout comme chaque réunion politique. La Banque mondiale. Le FMI. L’ONU. Les négociations sur le financement climatique. La Convention fiscale de l’ONU. La COP31. Chacune de ces instances représente une nouvelle occasion de combler le fossé entre ce que les gouvernements savent et ce qu’ils font. Nous ne pouvons pas attendre la COP32 pour voir la sortie progressive des énergies fossiles figurer à l’ordre du jour. Nous en avons besoin dès maintenant.

L’Assemblée générale des Nations unies prend fin. Les diplomates quittent New York. Les discours disparaissent des gros titres. Mais les crises, elles, persistent. Le monde a connu des feux de forêt dévastateurs, des inondations catastrophiques, une chaleur extrême et un phénomène El Niño qui s’intensifie rapidement. Les populations et les communautés du monde entier en subissent déjà les conséquences.

La semaine prochaine, la saison des négociations sur le climat se déplacera aux Fidji pour la pré-COP de la COP31. L’attention se portera sur les négociations qui se tiendront en Turquie et en Australie. La question pour la COP31 devrait être simple :

Les gouvernements fixeront-ils enfin une date pour la sortie des combustibles fossiles et consacreront-ils les moyens financiers nécessaires à une transition juste ?

Car après cette semaine à New York, il n’y a plus aucune excuse pour prétendre que nous ne savons pas où va le monde. Nous connaissons les risques. Nous connaissons les solutions. Nous savons qui sont les profiteurs. Et qui en paie le prix.

La question est désormais de savoir si les gouvernements sont prêts à agir. Les pollueurs doivent payer. Et l’ère des combustibles fossiles doit prendre fin.