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octobre 16, 2026

Le mois de septembre a débuté par le retour des enfants sur les bancs de l’école, lançant la rentrée, puis leur sortie dans la rue pour réclamer des conditions dignes. À la veille du 17 octobre et sa promesse d’une journée de mobilisation d’ampleur, prenons le temps de faire le bilan des derniers mois.

Hala Rachedi

Mobilisation du 26 septembre 2026 à Paris

Retour sur le triste bilan de l’été le plus chaud jamais enregistré en France

La France a vécu son été le plus chaud depuis l’an 1900, avec un total de 53 jours de vague de chaleur. La hausse anormale des températures a été meurtrière: on compte plus de 8000 décès dûs à la canicule.

Une conséquence du dérèglement climatique arrivant rarement seule, le sud du pays a également connu des incendies records. Le bilan provisoire après les feux en Gironde, dans les Landes et dans le Var, s’élève à 25 000 sinistres et les assureurs annoncent un montant estimé à 500 millions d’euros de dégâts. Cet épisode n’est pas exceptionnel puisque depuis 2010, il y a 30 fois plus de feux en France et 10 fois plus de terres brûlées chaque année. Au début du mois de septembre, les feux n’ont pas cessé, c’est le département de l’Aude qui a été ravagé par les flammes, l’incendie a causé la destruction de 225 hectares de végétation.

Le bilan animal est lui aussi lourd, même si les chiffres sont moins précis. Les autorités publiques et associations estiment que des millions d’animaux ont succombé aux feux et à la chaleur durant l’été. De quoi se poser encore plus de questions sur les impacts de l’élevage intensif et la nécessité de prendre en compte la protection des animaux dans les plans d’adaptation.

Un pompier qui luttent contre les flammes.
Feux de forêt dans le Gard, en France

Des records côté pollution et pollueurs

En conséquence des incidents climatiques de l’été, les émissions carbone ont atteint des records avec plus de 1,5 million de tonnes de carbone relâchées dans l’atmosphère depuis le début de l’année, en raison des feux. La qualité de l’air s’est elle aussi dégradée à de multiples reprises, impactant les personnes les plus fragiles notamment.

Et côté pollueurs ? Autant dire que l’ambiance est différente. Là aussi, on a atteint des records, comme les 5,4 milliards de dollars de bénéfices au deuxième trimestre 2026 empochés par TotalEnergies - le double de l’an dernier- ce qui revient à 11 milliards de dollars depuis le début de l’année si l’on y ajoute les profits du premier trimestre . La multinationale peut aussi se réjouir de ne payer quasi aucun impôt en France pendant qu’elle se remplit les poches en profitant des guerres et des multiples crises auxquelles nous devons faire face.

Des injustices sociales aggravées par la hausse des températures

Selon la Fondation pour le Logement et la Dignité, 66 % des Français ont eu des difficultés à supporter la chaleur dans leur logement.

Malheureusement sans surprise, les plus pauvres ont été 2 fois plus touchés par la précarité énergétique que les plus riches. Les quartiers populaires, quant à eux, figurent parmi les territoires où les habitant·es ont été les plus affecté·es.

Entre les îlots de chaleur aggravés par les choix d’urbanisme dans ces territoires et à ce qu’on appelle la “carence végétale”, le fait qu’une majorité de ces populations n’a pas eu les moyens de partir en vacances et les logement non adaptés, qui se transforment rapidement en bouilloire, les difficultés se sont accumulées.

Personne à la rue dormant sur un banc

Autre public très vulnérable affecté par les fortes chaleurs et des décisions politiques délétères : les personnes à la rue. 2 355 enfants se sont retrouvés sans solution d'hébergement après un appel au 115, 514 d’entre eux ont moins de 3 ans (Baromètre Unicef des enfants à la rue).

À Paris, associations, activistes et familles à la rue ont mené une bataille de 36 jours, en pleine canicule bien souvent, avant de se voir offrir des solutions d’hébergement.

Au sortir de l’été, des Français·es anxieux·ses, tristes et en colère

Selon une étude menée par Destin Commun :

  • Face aux incendies, trois émotions dominent : la colère 41 %, la tristesse 38 %, l’inquiétude 35 %.
  • La canicule a produit des réactions différentes : l’inquiétude 48 % d’abord, puis l’impuissance 46 %, et la résignation 19 %.

Une mauvaise nouvelle de plus pour la rentrée

Il y a quelques semaines, un rapport de l’ONU a fait tomber le couperet : le seuil de réchauffement climatique de 1,5°C devrait probablement être franchi dans les prochaines années. Limiting Overshoot révèle que même le scénario le plus optimiste prévoit désormais une hausse maximale de la température de 1,8°C, la plupart des autres projections étant encore plus élevées.

Entre effroi et espoir de redresser la barre face au réchauffement climatique

Cependant, selon les scientifiques, il est encore possible de ramener le réchauffement mondial en dessous des 1,5°C. Pour cela, il faut que les gouvernements agissent immédiatement en réduisant fortement les émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, nous devons sortir durablement des énergies fossiles.

L’inquiétude au sujet du changement climatique augmente, l’envie d’agir aussi, et ça s’est vu !

L’étude de Destin Commun nous apprend également que 67% des personnes sondées disent ressentir plus d'inquiétude face au changement climatique sans pour autant tomber dans le fatalisme.

Les Français·es estiment que nous avons besoin de ralentir le changement climatique tout en prenant des mesures d’adaptation (45%). Autre information intéressante à retenir, une personne sur deux a envie d’agir personnellement face au changement climatique.

Nous avons bien des raisons d’être en colère contre notre gouvernement

Des pompiers qui manquent de matériel, l’hôpital public plongé dans une crise de longue durée, des établissements scolaires délabrés, un manque de moyens chronique auquel le gouvernement répond par toujours plus d’austérité… La canicule a été un révélateur de la gravité de la situation.

Et pendant que les factures d’énergie et celles suite aux sinistres ne cessent de s’alourdir, les outils budgétaires dédiés à l'adaptation sont régulièrement ponctionnés

  • Le Fonds Vert sacrifié : Principal levier de financement pour la rénovation des écoles, des bâtiments publics et la végétalisation urbaine, le Fonds Vert subit une chute violente. Il est passé de 2,4 milliards d'euros à seulement 837 millions d'euros prévus en 2026. De plus, 20 % des enveloppes restantes sont régulièrement gelées par l'État.
  • Le PNACC 3 sous-financé : Le 3ᵉ Plan National d'Adaptation au Changement Climatique, bien que salué pour ses 200 actions théoriques, a été qualifié d'« inenvisageable à moyens constants » par des rapports parlementaires.

Une rentrée faite de mobilisations et une pression qui est allée crescendo

À commencer par des grèves et mobilisations symboliques dans les hôpitaux qui ont eu lieu le 8 septembre pour dénoncer les conditions de travail du personnel soignant ainsi que les conséquences des coupes budgétaires sur la prise en charge des patient·es durant les vagues de chaleur notamment.

Le 15 septembre plus de 40 organisations et associations, dont la notre, se sont rassemblées à 19h30 devant le ministère de l'Économie et des Finances (Bercy) pour exiger un budget 2027 orienté vers l'action climatique et la protection des populations face aux canicules et sécheresses.

Le 18 septembre a eu lieu la première mobilisation lycéenne, au lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne.

Les 19 et 20 septembre, d'importantes manifestations ont rassemblé près de 50 000 personnes en France contre la proposition de loi instaurant une « présomption de légitime défense » pour les forces de l'ordre, ce texte est qualifié de « permis de tuer », dans un contexte où les violences policières font en moyenne 50 mort·es par an.

Le 26 septembre, entre 120 000 et 130 000 manifestants ont pris la rue à travers toute la France. Portée par le collectif citoyen du Mouvement du 26 septembre, dont nous sommes également membres, cette journée a rassemblé des citoyen·nes, des organisations, syndicats et partis politiques dans plus de 260 villes.

Le 27 septembre, des sapeurs-pompiers professionnels venus de toute la France ont installé la « colonne de renfort de la colère », un campement de tentes au pied de la tour Eiffel, sur le Champ-de-Mars à Paris

Les 29 et 30 septembre, ont connu une journée de grève nationale et interprofessionnelle qui a mobilisé lles agents de la fonction publique (enseignant·es, AESH, personnels de santé, pompier·es, agents de France Travail) et des blocages de lycées.

Le lendemain, l’Union Étudiante a appelé à un blocage massif des lycées.

Le 6 octobre 2026 a été une journée nationale de manifestations lycéenne de grande ampleur qui a rassemblé 450 000 personnes

Le 13 octobre, ce sont 480 000 personnes qui ont à nouveau manifesté à l’appel des lycéen·nes, étudiant·es et syndicats.

Le 17 octobre se présente un point de convergence entre les colères et les espoirs de bien des Français·es

Toujours plus de répression… à nous en faire douter d’être en démocratie

Les chiffres et faits dénoncés par la LDH ( Ligue des Droits de l’Homme) ont de quoi inquiéter. Ils en disent beaucoup sur l’état de notre démocratie.

7 950 personnes ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement. 85 % de ces gardes à vue concernent des mineurs (soit 6 773 mineurs pour 1 177 majeurs).

La LDH dénonce des "arrestations préventives" et des dossiers vides utilisés pour dissuader les élèves de manifester.

Les procédures policières ont débouché sur des décisions pénales, là aussi les chiffres inquiètent, 26 placements en détention provisoire et 2 735 poursuites pénales directes ont été engagées.

215 élèves ont été blessés en raison de la répression, plusieurs ont été mutilés ou gravement blessés à cause de tirs de LBD ou d’éclats de grenades.

L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de plusieurs dizaines d'enquêtes. Quatre affaires portent sur des "blessures mutilantes" et six sur des "blessures significatives" subies par des mineurs. Les autres enquêtes concernent des accusations d'agressions sexuelles, d'injures ou de violences physiques durant les interpellations ou dans les cellules.

Rendons-nous bien compte, ces violences ne sont pas normales et n'ont pas leur place dans une démocratie saine.

Ne pas oublier les revendications et continuer à se mobiliser

Le dérèglement climatique est le résultat du capitalisme, du colonialisme - sous-tendu par le racisme- et du patriarcat. Lutter contre ces systèmes de domination permet d’agir à la racine du phénomène.

Les mobilisations sociales, pour l’égalité et la dignité, sont des opportunités de questionner et de transformer nos sociétés pour qu’elles deviennent plus justes.

Rappelons-le, celles et ceux qui se mobilisent depuis des semaines réclament

  • Des conditions de vie, de travail et d’études dignes
  • L’égalité et la liberté.
  • La fin de la répression mortifère, des lois injustes et des discriminations.
  • Des salaires et indemnités permettant de répondre à la situation économique actuelle.
  • Des moyens humains et matériels à hauteur des enjeux de l’éducation, de la santé, de la recherche ou de la protection civile.
  • Des bâtiments et des équipements adéquats.
  • La possibilité de choisir librement les études que l’on souhaite faire, de rêver son avenir.
  • Une planète vivable.