Par Kate Cahoon

Le gouvernement allemand s’est longtemps cassé les dents sur l’élaboration d’un plan concret pour l’élimination progressive du charbon. C’est dire si la tâche qui attendait la commission charbon – composée de représentants politiques, de scientifiques, de lobbys de l’industrie et d’ONG environnementales – s’annonçait compliquée. L’objectif était de créer un consensus sociétal solide sur la manière d’éliminer progressivement le charbon et d’atteindre les objectifs que l’Allemagne s’est fixés en matière de climat, et ce malgré la forte résistance de la puissante industrie fossile et des syndicats de travailleurs.

Rien ne garantissait qu’un accord serait trouvé. Après des mois de négociations tendues, le fait que des mesures concrètes pour éliminer progressivement le charbon aient finalement été mises sur la table témoigne de la force du mouvement climatique.

Ces dernières années, nous avons beaucoup insisté sur le fait que l’Allemagne ne peut pas être à la hauteur de sa réputation de leader international en matière de climat si elle ne s’attaque au problème du charbon. La majorité de la population est désormais favorable à une sortie rapide du charbon.

Rien que l’année dernière, des milliers de personnes se sont rassemblées pour défendre la forêt de Hambach contre l’entreprise charbonnière RWE, et elles ont participé à des manifestations à Berlin et à Cologne pour exiger la fin du charbon. De nombreux écoliers ont suivi l’exemple de la jeune Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, et ont organisé des marches auxquelles des milliers de jeunes ont participé ces dernières semaines.

Dans ce contexte de pression de plus en plus forte, les résultats de la commission n’en sont que plus décevants. Bien que les ONG environnementales représentées aient jugé les propositions suffisantes pour pouvoir approuver le texte (avec toutefois une petite réserve à propos de la date butoir), l’ensemble du mouvement climatique partage un même goût de trop peu, trop tard.

Que disent ces recommandations ?

Une réduction importante de la capacité de production de charbon est prévue d’ici 2022, mais le fait que la date butoir soit fixée à 2038 signifie que les sociétés charbonnières pourront continuer à extraire et à brûler du charbon pendant encore presque deux décennies. Autrement dit, l’Allemagne a peu de chances d’atteindre ses objectifs climatiques pour 2030 et ne respecte pas la trajectoire permettant de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré Celsius.

Laura de 350.org Germany a souligné cet aspect dans un communiqué de presse :

« Les scientifiques ont prévenu les gouvernements que, pour éviter les conséquences les plus dramatiques de la crise climatique, le réchauffement de la Terre ne doit pas dépasser 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux pré-industriels. La proposition avancée ne satisfait pas à cette exigence. Elle ne permet ni de préserver notre avenir, ni de protéger les millions de personnes dans le monde déjà affectées par les conséquences du changement climatique, dont beaucoup sont obligées de lutter quotidiennement pour leur survie. » Lire le communiqué.

Pour les populations déjà confrontées aux effets du réchauffement, ce manque d’engagement face au défi climatique représente une menace existentielle.

Le monde entier exhorte l’Allemagne à abandonner le charbon !

C’est pourquoi, en novembre dernier, nous avons lancé une pétition mondiale exigeant que l’Allemagne cesse d’entretenir la crise climatique et prenne des mesures afin de maintenir la hausse des températures en dessous de 1,5 °C. Cette pétition lancée parallèlement aux travaux de la commission soulignait que les voix de ceux qui ressentent déjà les effets du changement climatique n’étaient pas représentées à la table des négociations.

Lorsque nous avons remis les 23 840 signatures recueillies dans le monde entier à Rita Schwarzelühr-Sutter, secrétaire d’État auprès du ministère allemand de l’Environnement, le 21 janvier à Berlin, nous lui avons rappelé que contrairement aux exploitants de centrales au charbon, les personnes qui se trouvent en première ligne du changement climatique ne recevront probablement pas des millions d’euros de compensation lorsque ses effets s’abattront sur elles.

La remise de la pétition s’est effectuée devant une impressionnante fresque réalisée par l’artiste de rue germano-péruvien Nasco Uno, représentant des visages de personnes déjà touchées par le changement climatique dans le monde.

C’est le cas par exemple de Heiner Lütke, agriculteur biologique dans le Brandebourg allemand. Présent à la remise de la pétition, il a évoqué la canicule qui a affecté les cultures en Allemagne l’été dernier. Heiner Lütke a fait la une des journaux en poursuivant le gouvernement allemand en justice pour son manque d’engagement dans la lutte contre le changement climatique.

Le message adressé au gouvernement allemand était donc clair :

Photo : Ruben Neugebauer

Puisque la commission charbon n’a pas réussi à fournir ce qu’il fallait, le « consensus » ne tient pas. Des gens issus de toutes les couches de la société ont déjà déclaré qu’ils continueraient à faire pression en faveur d’une action plus forte et qu’ils allaient prendre les choses en main.

Ende Gelände appelle à une semaine d’action décentralisée du 1er au 10 février. Des actions sont prévues à Berlin, Hambourg, Leipzig, Munich, Munster et Cologne.

Le week-end du 26 et 27 janvier, des militants ont bloqué le port charbonnier de Hambourg en guise de coup d’envoi des manifestations à venir. Vendredi dernier, Ende Gelände Berlin et Extinction Rebellion ont appelé à des actes de désobéissance civile dans toutes les rues voisines du lieu de réunion de la commission charbon. Le même jour, Fridays for Future a appelé les écoliers à se mettre de nouveau en grève pour montrer clairement que la commission charbon ne représente pas l’intérêt des jeunes.

Qu’il s’agisse de Ende Gelände ou de nouveaux groupes comme Extinction Rebellion et Fridays for Future, il est évident que la lutte pour la justice climatique va – et doit – continuer.