Les feux de forêt rythment désormais les étés européens, de l’Andalousie aux collines du Pays de Galles en passant par la Drôme et même Fontainebleau. Et chaque fois qu’ils font la une, c’est la même petite musique qui revient : les incendies n’auraient pas grand-chose à voir avec le climat, puisque la plupart se déclenchent à la suite d’une intervention humaine. Le plus souvent, il s’agit d’une cigarette jetée par terre, d’un barbecue laissé sans surveillance, d’une étincelle provenant d’une machine agricole, d’un morceau de verre brisé reflétant le soleil sous un angle particulier. Parfois, il s’agit aussi d’un geste malveillant.  C’est vrai : neuf feux de forêt sur dix en France sont dus, d’une manière ou d’une autre, à l’activité humaine, qu’elle soit accidentelle ou délibérée. Mais se servir de ce fait pour balayer d’un revers de main le lien avec le climat, c’est passer complètement à côté de l’essentiel.

Les feux de forêts ravagent l'Europe cet été - Incendies en Europe

 

Le triangle du feu, et ce qui a vraiment changé

Pour se déclarer, un feu a besoin de trois éléments, c’est ce qu’on appelle le triangle du feu : un combustible (végétaux, arbres, broussailles), de l’oxygène, et une source de chaleur (cigarette, barbecue, feu de camp, machine mal entretenue). Ces sources de chaleur, nous autres humains, avons tendance à les fournir assez facilement, et ça ne risque pas de changer de sitôt. Ce qui change, en revanche, c’est le premier élément : le combustible. Plus le temps est chaud et sec, plus les broussailles, l’herbe et les zones boisées s’assèchent. Une végétation sèche ne se consume pas seulement plus facilement : elle brûle plus vite, aide le feu à se propager plus loin et devient bien plus difficile à maîtriser une fois l’incendie déclaré. Une étincelle qui se serait autrefois éteinte sur un sol humide peut désormais, dans des conditions de sécheresse extrême, se transformer en un incendie qui ravage des dizaines, voire des centaines d’hectares avant que les pompiers ne parviennent à le maîtriser.

Des incendies dopés par le changement climatique

Ces incendies ne tombent donc pas du ciel : ils sont dopés par le changement climatique, lui-même alimenté par la combustion continue des énergies fossiles — pétrole, gaz, charbon. Chaque dixième de degré supplémentaire augmente la fréquence et l’intensité de ces événements. Ce n’est pas une fatalité, c’est la conséquence de choix politiques, et donc un sujet qui appelle des décisions au plus haut niveau de l’État, pas seulement une gestion d’urgence au moment où les flammes apparaissent. Traiter la cause, c’est aussi s’attaquer à cette source : notre dépendance toxique aux énergies fossiles.

Une saison qui s’allonge, un risque qui se déplace

Début juillet 2026, les feux de forêt avaient déjà ravagé environ 170 000 hectares à travers l’Europe, un chiffre bien supérieur à la moyenne, après le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale. La France, qui a connu sa journée la plus chaude depuis le début des relevés nationaux en 1947, a déjà vu 32 000 hectares partir en fumée depuis le début de l’année, davantage que sur toute la saison 2025. Dans le sud de l’Espagne, les températures ont atteint 45 °C. Les scientifiques ont établi un lien direct entre l’intensité de cette chaleur et le changement climatique d’origine humaine.

Quelles évolutions de la crise climatique en France ?

Concrètement, la crise climatique se traduit par plusieurs évolutions bien documentées en France :

  • Un allongement de la saison des feux. Historiquement concentrée entre la mi-juillet et la fin août, elle tend désormais à s’étendre de la mi-juin à la mi-septembre.
  • Une extension géographique du risque, vers des zones jusque-là peu ou pas exposées. On a ainsi vu des incendies se déclarer dans le Maine-et-Loire, dans la montagne drômoise ou au Cap Fréhel : le risque remonte à la fois en latitude et en altitude.
  • Une intensification, avec davantage de feux concomitants au cours d’une même saison.
  • Une hausse du nombre de feux extrêmes, par leur taille et leurs conséquences — comme dans les Pyrénées-Orientales, où un incendie a brûlé 5 000 hectares et entraîné l’évacuation de 10 000 personnes.

Et cette tendance va se confirmer dans les années à venir si nous ne luttons pas efficacement contre le dérèglement climatique. Dans une France à +4 °C d’ici 2100, la saison des feux pourrait durer un à deux mois de plus dans certaines régions. Selon l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), le nombre de grands feux, ceux qui dépassent 100 hectares, pourrait passer d’une moyenne de 7 à 10 par an aujourd’hui à jusqu’à 20 par an en 2090, si les émissions continuent d’augmenter.

Un lourd bilan humain dû aux incendies

En Andalousie, un incendie près d’Almería et de Bédar est devenu le plus meurtrier qu’ait connu l’Espagne depuis environ deux décennies, faisant au moins une douzaine de victimes, dont beaucoup ont été prises au piège en tentant de fuir. Sur l’ensemble du continent européen, les feux de forêt ont fait des dizaines de victimes cette année, tandis que la canicule elle-même, indépendamment des flammes, a entraîné 10 000 décès supplémentaires en Europe en une seule semaine de juin. Le Portugal, la Grèce et la Turquie ont eux aussi été frappés par des incendies majeurs, et l’Europe a déployé son plus important dispositif de lutte contre les incendies à ce jour.

Au-delà de la gestion d’urgence des feux, il faut repenser les territoires

Le constat est sans appel : nous ne sommes pas préparés à l’aggravation du risque d’incendies. Faute d’investissements suffisants, la population reste mal protégée face aux flammes, alors même que la surface calcinée augmente d’année en année. Renforcer le nombre d’avions et les capacités des forces de lutte reste nécessaire. Mais dans d’autres pays européens confrontés au même risque comme l’Espagne, le Portugal et la Grèce, le débat a évolué : les discours y sont moins centrés sur les seuls moyens techniques, car ceux-ci ne suffiront pas à faire face aux crises à venir. Nous sommes désormais confrontés à des événements que l’on ne pourra plus totalement contrôler, quel que soit le nombre de pompiers ou de Canadair mobilisés.

Nous avons besoin de mesures basées sur le bon sens

Il s’agit donc de mettre en place un ensemble de mesures permettant à la fois d’éviter les incendies et d’en limiter les conséquences économiques, humaines et écologiques. Cela suppose de réfléchir en amont à une organisation territoriale et paysagère qui rende les territoires plus résilients :

  • éviter les continuités de végétation ;
  • réintroduire de l’agriculture pour créer des coupures de combustible naturelles ;
  • faire respecter les obligations légales de débroussaillement ;
  • repenser le choix des essences forestières, en mélangeant résineux et feuillus ;
  • construire des maisons recouvertes d’enveloppes non inflammables ;
  • éloigner les nouvelles habitations des lisières forestières.

Incendies : Une question mal posée

Ainsi, la question n’est pas vraiment de savoir qui a allumé l’allumette, mais pourquoi le sol autour d’elle est si prêt à brûler. Et à cette question, il existe une réponse claire : un climat plus chaud et plus sec, alimenté par la combustion continue du pétrole, du gaz et du charbon, transforme une étincelle en feu de forêt destructeur, que ce soit dans les Pyrénées-Orientales, à Fontainebleau ou en Andalousie. Si nous voulons réduire le nombre d’incendies, limiter leur étendue et leur pouvoir de destruction, s’attaquer à ce qui provoque l’étincelle ne permettra de faire que la moitié du travail. Le reste consiste à s’attaquer à la raison pour laquelle nos paysages s’assèchent en premier lieu, et à tenir l’industrie fossile responsable des dégâts causés par ces chaleurs extrêmes.

Retrouvez l’intervention de Fanny Petitbon, Responsable France de 350.org dans l’émission “Parlons-en” intitulée “Méga-feux: la nouvelle norme?” sur France 24 (15 juillet)

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