Le dérèglement climatique s’aggrave et ses conséquences font de plus en plus la une des médias. Saviez-vous que l’industrie fossile est responsable de ce phénomène ? Zoom sur les canicules de plus en plus intenses et meurtrières.
C’est quoi une canicule exactement ?
Il fait chaud. Très chaud. Plus chaud que ça ne devrait. Cela peut durer quelques jours voire plusieurs semaines. Tout le monde le ressent, et tout le monde en parle. On ne lui donne pas de nom sophistiqué mais on en entend parler aux informations chaque année désormais… Ou pas !
L’été 2026 bat tous les records, l’Europe vient de traverser l’une des vagues de chaleur les plus violentes jamais enregistrées, avec des températures historiques atteintes en France, en Espagne, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Belgique, en Autriche et ailleurs… sans compter les feux de forêt.
En France, le nombre de décès a bondi de 30% d’une semaine à l’autre, soit 2025 décès supplémentaires. Pendant ce temps, l’Inde a passé une grande partie de sa saison pré-mousson sous une chaleur extrême, avec des villes comme Delhi, Nagpur et Akola dépassant les 45°C, voire les 46°C. Les températures nocturnes ont augmenté plus rapidement que les températures diurnes dans presque tous les États indiens.
Voilà à quoi ressemble la crise climatique en temps réel, ce n’est pas de la science-fiction.
Mêmes températures, différents contextes, différentes interprétations
Les hausses de température n’ont pas les mêmes conséquences partout, ce n’est pas la même chose d’enregistrer 30°C en été ou en hiver. Ce n’est pas non plus la même chose d’enregistrer 30°C au Groenland qu’en Égypte.
Chaque endroit a sa température moyenne pour chaque période de l’année. On parle de vague de chaleur lorsqu’une région donnée dépasse largement cette moyenne pendant plusieurs jours. On parle de canicule quand une région subit des températures très élevées, de jour comme de nuit, sur au moins 3 jours, qui sont susceptibles de constituer un risque sanitaire, notamment pour les personnes fragiles ou surexposées. L’ampleur de ce dépassement et sa durée changent d’une région à l’autre.
Dans certaines parties du monde, les canicules sont déjà plus nombreuses et plus intenses, et ce n’est pas près de s’inverser.
La canicule tue en silence
Contrairement à des phénomènes climatiques plus spectaculaires tels que les cyclones tropicaux, les inondations ou les feux de forêt, les vagues de chaleur s’installent sans bruit, de manière insidieuse.
Pour la plupart des gens, les journées de canicule sont étouffantes mais les médias les présentent parfois même comme quelque chose d’agréable ou bien mettent en cause les scientifiques. En réalité, les vagues de chaleur comptent parmi les phénomènes climatiques les plus dangereux qui soient. Selon une étude universitaire (article en anglais), les vagues de chaleur ont tué au moins 157 000 personnes entre 2000 et 2020 – seules les tempêtes font plus de victimes, avec environ 200 000 morts.
Les auteur·ices du rapport soulignent que ce chiffre est très probablement sous-estimé : de nombreux pays n’observent pas étroitement les effets des vagues de chaleur. Seules 6,5% de ces victimes ont été recensées en Asie, en Afrique, dans les Caraïbes ainsi qu’en Amérique du Sud et en Amérique centrale, alors que ces régions concentrent 85% de la population mondiale. Le bilan continue pourtant à s’alourdir.
L’Organisation mondiale de la santé a qualifié l’urgence actuelle liée à la chaleur en Europe de crise de santé publique, estimant que la chaleur a contribué à environ 200 000 décès sur l’ensemble du continent au cours des quatre dernières années seulement.
Quand les coups de chaleur mortels révèlent les inégalités
La chaleur peut être à l’origine de nombreux problèmes de santé. Le plus préoccupant est le coup de chaleur, qui survient lorsque le corps est en surchauffe et perd sa capacité à se refroidir.
Les enfants, les personnes âgées et les personnes à faibles revenus sont plus vulnérables au coup de chaleur, tout comme les personnes atteintes de maladies chroniques, les femmes enceintes et les personnes travaillant en extérieur comme les ouvrier·es du BTP. Plus une communauté est pauvre, moins elle a accès à des moyens de rafraîchissement, ce qui creuse davantage les inégalités et les injustices.
Ainsi, Oxfam France a récemment démontré que la chaleur a été 31 % plus meurtrière dans les 10 départements les plus pauvres de l’Hexagone et de Corse en 2025 que dans les 10 départements les plus riches. Le risque de surexposition aux fortes chaleurs est dix fois moins important pour les habitant·es des 20 % des quartiers urbains les plus favorisés. En Inde, cette inégalité est flagrante : environ les trois quarts de la population active du pays, soit environ 380 millions de personnes, travaillent dans des secteurs exposés à la chaleur comme l’agriculture et le bâtiment, souvent dans le secteur informel dénué de toute protection.
L’augmentation de l’humidité amplifie le danger, les climats humides empêchent le corps de se refroidir par la transpiration et transforment les canicules en menaces mortelles.
La canicule a un effet, bien au-delà de la chaleur
Les dangers de la canicule vont au-delà du simple coup de chaleur. Quand les températures montent, la qualité de l’air baisse, résultat : une aggravation des maladies respiratoires telles que l’asthme, des maladies cardiovasculaires ou rénales.
Les températures extrêmes touchent aussi l’agriculture et l’élevage, les plantes meurent ou poussent moins vite, les animaux d’élevage souffrent de la chaleur. Les communautés qui dépendent de l’agriculture pour leur survie sont touchées à leur tour, deviennent plus vulnérables et se retrouvent en grande difficulté économique alors qu’elles ne sont pas les premières responsables de la crise, c’est ce qu’on appelle l’injustice climatique.
Les aéroports, les chemins de fer, les routes et les ponts ainsi que toutes les activités économiques nécessitant un travail en extérieur, sont elles aussi affectées par la canicule.
Il y a toujours eu des vagues de chaleur, en quoi c’est différent aujourd’hui ?
Oui, les vagues de chaleur ont toujours existé. Mais quand on mesure leur fréquence (combien de vagues de chaleur par rapport à il y a dix, vingt ou cinquante ans ?), leur intensité (combien de temps durent les canicules ? Est-ce qu’elles sont aggravées par la pollution de l’air ? L’humidité ?) et leur précocité (quand commencent-elles?), on constate que le phénomène s’aggrave à vue d’œil. En d’autres termes : oui, il fait plus chaud que jamais, plus souvent, et oui, il fera encore plus chaud.
Les scientifiques ont conclu qu’il est pratiquement certain que le réchauffement climatique est à l’origine de cette augmentation de la durée et de l’intensité des vagues de chaleur à l’échelle mondiale. Cela signifie, en termes de science du climat, une certitude supérieure à 99 %. Les vagues de chaleur se produisent lorsqu’une masse d’air sous haute pression reste immobile suffisamment longtemps pour être réchauffée par le soleil. Les gaz à effet de serre tels que le CO₂ ont la capacité d’absorber la chaleur.
Ainsi, une masse d’air qui ne bouge pas se réchauffera davantage dans un même laps de temps si elle contient une concentration plus élevée de ces gaz. Ces phénomènes sont géographiquement inégaux et leur probabilité d’occurrence à un endroit précis dépend de nombreux facteurs, tels que le couvert forestier, la pollution par les aérosols, l’humidité du sol ou la distance par rapport à la mer.
L’un des exemples les plus évidents de ce mécanisme à l’œuvre est le « dôme de chaleur ». Un dôme de chaleur se forme lorsqu’une vaste zone stationnaire de haute pression emprisonne de l’air chaud au-dessus d’une région pendant des jours, voire des semaines, agissant presque comme un couvercle de cocotte-minute: l’air s’enfonce à l’intérieur, ce qui maintient une pression élevée en surface et empêche la formation de nuages, de sorte que le soleil cuit le sol sans relâche, sans aucun répit.
Parfois, ce système de haute pression se retrouve coincé entre deux autres systèmes météorologiques et se retrouve « bloqué », bougeant à peine, un phénomène connu sous le nom de blocage oméga en raison de la forme qu’il dessine sur les cartes météorologiques. C’est exactement ce qui a été à l’origine des vagues de chaleur de 2026 en Europe : un bloc Oméga tenace stationné au-dessus du continent, aspirant de l’air chaud et sec en provenance du Sahara et refusant de bouger, avant de se déplacer lentement de l’Europe occidentale vers l’Allemagne, la Pologne et les Balkans.
Et les dômes de chaleur eux-mêmes deviennent plus fréquents et plus intenses à mesure que la planète se réchauffe, car des températures de base plus élevées font que ce même schéma météorologique stagnant produit désormais des pics bien plus extrêmes qu’auparavant. Découvrez comment la vague de chaleur de 2021 au Canada a bouleversé la vie des gens. Selon le GIEC, la température moyenne des journées de chaleur extrême augmentera de 3°C si nous limitons le réchauffement climatique à moins de 1,5°C, et de 4°C si nous restons en dessous de 2°C de réchauffement. Gardez à l’esprit qu’il s’agit d’une moyenne ! Certaines régions deviennent déjà inhabitables lors des vagues de chaleur au cours de ce siècle.
L’empreinte climatique de la canicule
Les vagues de chaleur comptent parmi les manifestations les plus meurtrières de la crise climatique. Nous constatons qu’elles gagnent en fréquence, en intensité et en précocité à mesure que la concentration en gaz à effet de serre augmente. Et c’est la cupidité de l’industrie fossile et de ses alliés qui est à l’origine de cette augmentation. Revenons sur leur parcours.
Le réchauffement climatique est causé par une augmentation de la concentration en gaz à effet de serre, principalement (mais pas uniquement) le CO₂ et le CH₄. Ces gaz sont présents naturellement dans l’atmosphère, mais depuis que nous avons commencé à brûler massivement plus d’énergies fossiles, leur concentration augmente de manière exponentielle.
L’augmentation de la concentration de CO₂ est liée au pétrole, au gaz et au charbon. Il n’existe aucune autre source possible (ni les volcans, ni les nuages, ni les cycles solaires, rien). Le CH₄ est lui aussi étroitement lié aux énergies fossiles et au changement d’affectation des sols. Des études et des données l’ont largement prouvé : le débat est clos. Les géants fossiles ont tout fait pour nous enfermer dans une relation de dépendance toxique et en tirer massivement profit.
Des rapports ont prouvé qu’elles connaissaient les dégâts qu’elles causaient depuis au moins les années 1970, et qu’au lieu d’abandonner leur modèle économique, elles ont activement œuvré à désinformer le public.
Elles continuent de le faire. Nous continuons à brûler des combustibles fossiles parce qu’elles ont utilisé leur pouvoir et leur influence à cette fin, et continuent de le faire en toute impunité. Nous ne pouvons pas complètement stopper les vagues de chaleur, mais nous pouvons contribuer à tourner la page des énergies fossiles.
Partout dans le monde, des personnes se battent pour que le charbon, le pétrole et le gaz restent dans le sol, pour couper les flux financiers – publics et privés – qui permettent à cette industrie de perdurer et pour œuvrer en faveur d’un avenir plus juste, plus digne et plus propre. Si ce n’est pas encore le cas, rejoignez-nous !