
Léa Renault

Chloé Sublet
Nous sommes nées aux extrémités opposées de la France. L’une a grandi en Provence, dans le sud, l’autre dans les Hauts-de-France, dans le nord. Des régions différentes, des réalités différentes – mais on se posait les mêmes questions sur la justice, la responsabilité des crises et notre avenir. Nos chemins se sont finalement croisés à Paris, où nous sommes devenues amies grâce à notre travail commun dans la communication et à nos valeurs partagées.
Comme beaucoup de personnes de notre génération, nous savions déjà que le changement climatique était sérieux. Mais avec le temps, il est devenu clair que non seulement cette crise était massive, mais aussi profondément injuste : ceux qui contribuent le moins paient le prix le plus élevé, tandis que ceux qui l’alimentent et en profitent le plus restent largement protégés. Comprendre cela a rendu notre engagement dans la campagne Taxons leurs milliards, menée par 350.org, une étape naturelle et nécessaire de notre parcours.
En France, le même schéma se répète, encore et toujours. Les politiques climatiques sont repoussées à plus tard. Les budgets pour l’action environnementale diminuent. Le débat public dérive vers de fausses priorités. Pendant ce temps, les impacts de la crise climatique sont de plus en plus visibles. Les vagues de chaleur commencent plus tôt et durent plus longtemps chaque année, et certaines de nos familles deviennent de plus en plus vulnérables aux températures extrêmes. Beaucoup de personnes peinent à payer leurs factures d’énergie qui explosent pour chauffer leurs logements mal isolés, rendant à la fois la chaleur et le froid difficiles à supporter. Le constat est clair: les inégalités décident qui peut s’adapter ou non.
Pour nous, agir signifiait se montrer présentes. Nous croyons fermement au principe du « penser global, agir local », et c’est ainsi que nous avons trouvé notre place dans le mouvement climat aux côtés de 350.org. Agir ensemble dans la rue a tout changé. Nous avons participé à l’action « Rentrée des classes parlementaire» devant l’Assemblée nationale en septembre 2024, à la puissante action « Taxez-moi. Je suis riche » devant le Sénat en juin 2025, et à la marche parisienne « Climat, Justice, Libertés » en septembre 2025. Ces moments n’étaient pas isolés ; ils faisaient partie d’un élan de plus en plus puissant pour exiger des comptes de la part de celles et ceux qui nous gouvernent.

Chloé et Léa lors de l’action Draw the Line à Paris, septembre 2025
À travers ces mobilisations, une chose est devenue impossible à ignorer : nous ne pouvons pas financer une transition climatique juste en faisant peser le poids sur les gens ordinaires. Les ménages aux revenus moyens et modestes sont déjà à bout de souffle, tandis que les grandes fortunes continuent de croître – tout en détruisant la planète avec leurs émissions de gaz à effet de serre démesurées. Taxons leurs milliards dénonce cette injustice de manière claire et directe. Demander aux milliardaires de payer leur juste part n’est pas radical. C’est du bon sens.
En France, cette idée a longtemps été rejetée, jugée comme irréaliste. Mais la campagne Taxons leurs milliards a contribué à changer l’opinion publique. S’appuyant sur des études solides, des données claires et des actions visibles, la taxation des grandes fortunes est devenue un véritable sujet de débat national. Même lorsque des propositions comme la taxe Zucman ont été bloquées, l’élan n’a pas disparu. La conversation a évolué, et ce changement compte.
Pour nous, Taxons leurs milliards s’inscrit dans la continuité de nos valeurs, de nos actions et de notre conviction que la justice climatique ne sera possible que lorsque les vrais responsables seront nommés et que des comptes leurs seront exigés. Nous savons que ce travail prendra du temps et que le chemin sera semé d’embûches. Mais pas à pas, action après action, nous contribuons à faire bouger les lignes, pour que ce qui avant été considéré comme utopiste rentre dans le champ des possibles.