Chers ministres des Finances, chers gouverneurs de la Banque centrale et chers Chefs de l’État,

Dans le cadre des réunions du G20, du Conseil européen et d’autres forums nationaux et internationaux cette semaine, vous allez discuter de la riposte à la pandémie et à la crise économique qui s’aggrave.

Des milliards de dollars provenant des deniers publics sont en jeu, et des plans hors normes font l’objet de discussions : les décisions prises à présent par les gouvernements, les établissements financiers, les organismes de réglementations et les investisseurs seront déterminantes pour le monde de demain.

La pandémie de la COVID-19 nous enseigne l’importance des soins, de l’équité et de l’équilibre. La crise sanitaire frappe à peu près tous les pays et toutes les populations. Le virus ne fait aucune distinction fondée sur la couleur de peau, le sexe ou la classe sociale. Mais, les systèmes actuellement en place le font. Face à une crise grave qui va en s’intensifiant, ceux qui paient le plus lourd tribut sont les vulnérables, les plus démunis, les femmes et les exclus.

Nous observons une perturbation sans précédent du statu quo, mais la pandémie continue de mettre en lumière les grandes disparités et les injustices qui existent dans nos sociétés. La maladie et la fermeture des établissements scolaires accentuent encore les inégalités et le travail non rémunéré en matière de prestation de soins, dont 70 % sont effectués par des femmes. Des centaines de millions de personnes ont basculé dans la pauvreté et la faim. La plupart des gouvernements ne disposent pas de ressources suffisantes pour faire face à ce défi redoutable.

Il s’agit d’un choix essentiel pour chacun d’entre vous. Ce choix demeurera dans les annales. Il soulignera le moment où vous avez vraiment relevé le défi ou le moment où vous avez manqué de courage devant les puissants, où vous avez utilisé les fonds publics pour soutenir les intérêts particuliers ou tout simplement pour rétablir le status quo ante et accroître les inégalités.

Il nous faut une relance saine, verte, féministe et juste. Cela implique plusieurs mesures, dont les suivantes : reconstruire nos économies qui profitent à tout le monde ;  prévoir des réformes fiscales progressives permettant d‘investir dans un système de soins de santé universels, l‘éducation, la protection sociale et un environnement non pollué ; garantir l‘accès à ces ressources en tant que droits fondamentaux de tous les êtres humains ; protéger les droits des travailleurs et créer des millions d‘emplois rémunérés correctement dans des secteurs qui contribuent à une décarbonisation profonde et nécessaire et qui ne nuisent pas à l‘environnement et à ses habitants ; lutter contre la violence fondée sur le genre et garantir des rémunérations équitables et des conditions de travail qui ne soient pas porteuses de risques pour la santé des soignants, pendant la crise, mais surtout à long terme ; construire des systèmes économiques féministes plus égaux où les femmes comme les hommes travaillant dans la santé bénéficient d‘arrêt maladie ou de congés pour raisons familiales ; promulguer des solutions équitables pour gérer la crise climatique sur le plan national et international de sorte que personne ne soit laissé pour compte injustement devant les conséquences des dérèglements climatiques.

Une relance juste de ce type ne peut être réalisée que si les pays à faible revenu sont libérés du poids des programmes d’ajustement structurel et des dettes. Par ailleurs, ils doivent pouvoir mobiliser des ressources pour faire face aux besoins immédiats créés par la pandémie- mais aussi pour atteindre un changement systémique à long terme en faveur d’économies et de systèmes énergétiques à faibles émissions de carbone. Les militants de la société civile et les organisations qui pointent du doigt ces vérités aux personnes en position de pouvoir et qui plaident pour la prise en compte des besoins des exclus doivent absolument participer à la prise de décisions. En outre, ils doivent être protégés dans l’exercice de leurs fonctions, au titre du respect des libertés civiles.

En tant que décisionnaires dans les pays les plus riches de la planète, vous devez prendre ces décisions dans l’intérêt de tous. Ces milliards de dollars sont notre argent. La vie de chacun d’entre nous est en jeu. Notre avenir est en jeu. Vous portez la responsabilité à l’égard des générations d’aujourd’hui et de demain de bien gérer les deniers publics.

Pourtant, des sommes considérables provenant des deniers publics ont déjà été attribuées aux grandes sociétés pétrolières et à d’autres industries polluantes et ce, sans condition. Plutôt que d’investir dans un meilleur avenir, vous nous repoussez vers le passé.

Mais nous atteignons le point de non-retour.

En conséquence, nous, soussignés, représentants des organismes de la société civile de tous les secteurs, nous vous mettons en demeure.

ous avez encore le temps d’agir et de vous assurer que les ressources allouées à la relance seront consacrées à réduire les inégalités, à garantir la justice de genre, à réparer les injustices, à reconnaître le racisme structurel et à y mettre fin, à prévenir les dérèglements climatiques et la disparition des écosystèmes entiers qui en résultent.

La seule riposte acceptable à la crise de la COVID-19 consiste à adopter des plans de relance qui visent à régler ce qui ne fonctionnent pas dans nos sociétés et à construire un avenir plus juste et plus viable.

Signataires :

May Boeve, directrice exécutive de 350.org.
Julia Sánchez, secrétaire générale d’ActionAid
Lidy Nacpil, Coordinatrice, Asian Peoples Movement on Debt and Development
Pascal Vollenweider, directeur des Campagnes sur le climat à Avaaz
Rajiv Joshi, fondateur de Bridging Ventures
Kieran Suckling, directeur général de Center for Biological Diversity
Amanda Mukwashi, PDG de Christian Aid
Lysa John, secrétaire générale de CIVICUS
Tasneem Essop, directrice générale de Climate Action Network (CAN)
Catherine Abreu, directrice générale de Climate Action Network Canada
Luisa Neubauer, Fridays For Future Germany
Beckie Malay, Salina Sanou et Riccardo Moro, co-présidents généraux de Global Call to Action Against Poverty (GCAP)
Fatima Ibrahim, Green New Deal Royaume-Uni
Jennifer Morgan, directrice générale de Greenpeace International
Yeb Saño, Directeur de Greenpeace Southeast Asia
Nnimmo Bassey, Directeur de la Fondation Health of Mother Earth
Sarah-Jayne Clifton, Directrice deJubilee Debt Campaign
José Maria Vera, directeur général (par intérim) d’Oxfam International
Tzeporah Berman, directeur du programme international de Stand.Earth
André-Yanne Parent, directeur général de The Climate Reality Project Canada

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