A la veille de l’Assemblée générale de Total nous avons publié avec Notre Affaire à Tous, les Amis de la Terre France, avec le soutien de Sherpa, des Ecomaires, d’Attac et de l’Observatoire des multinationales, un rapport décryptant la stratégie climat du groupe pétrolier : une stratégie de façade, absolument incompatible avec les objectifs de l’Accord de Paris.

Nous faisons d’ores et déjà l’expérience des conséquences effroyables du réchauffement climatique, alors même que celui-ci n’atteint pour l’heure « que » +1°C en moyenne. La différence entre 1°C, 1,5°C et 2°C se chiffre en centaines de millions de vies. Face à cette réalité, Total redouble d’efforts de communication pour s’imposer en “major de l’énergie responsable”, laissant présumer une inflexion majeure de la stratégie du groupe. Le présent rapport démontre que le Groupe s’appuie en réalité sur un scénario prévoyant entre 2,7 °C à  3,3 °C de réchauffement, loin des objectifs de l’Accord de Paris. Total a multiplié en quelques années de nouveaux méga-projets fossiles, et prévoit de les poursuivre ou de les amplifier, notamment dans des pays qui subissent déjà les conséquences les plus dramatiques du dérèglement climatique, comme en Afrique du Sud ou en Mozambique. Total menace les vies de millions de personnes en France et dans le monde, et s’expose à des risques juridiques et financiers importants.

Total a déboursé dans la production d’hydrocarbures 9,2 milliards de dollars en 2018 en investissements organiques (hors acquisitions) contre seulement 0,5 milliards en 2018 dans le secteur décrit comme “bas carbone” à savoir gaz et renouvelables.

Au lendemain de la publication du rapport “Total, la stratégie du chaos climatique”, des membres des associations Notre Affaire à Tous, 350.org et les Amis de la Terre ont souhaité alerter les actionnaires sur les activités dévastatrice du groupe. Ils en ont été empêché par la police et la direction du groupe.

A 8h30 mercredi matin une poignée de membres de l’association Notre Affaire à Tous ont souhaité distribuer aux actionnaires des résumés du rapport expliquant les risques juridiques et financier pris par Total en matière climatique. La police leur a interdit de distribuer les documents et leur a sommé de quitter les lieux au mépris de leur droit d’expression. Les cinq membres de l’association présents ont subi un contrôle d’identité pendant trois quart d’heure et ont été menacé de garde à vue. Chef d’accusation encouru : attroupement susceptible de troubler l’ordre public. Distribuer des documents dans la rue constitue pourtant droit fondamental. La distribution n’a pu se faire que longtemps après devant la sortie de métro Ternes, lorsque l’afflux vers l’AG était déjà presque déjà terminé.

“Le dispositif de sécurité était complètement disproportionné. Nous souhaitions simplement informer les actionnaires des risques économiques qu’ils encourent. Le double discours de Total ne permet pas aux actionnaires de comprendre les risques auxquels l’entreprise les expose. Il est important que les parties prenantes sachent que la stratégie climat de Total n’est qu’une façade incompatible avec l’Accord de Paris. Cela est donc évidemment regrettable que nous ne puissions pas exercer notre droit d’expression.” Paul Mougeolle, rédacteur du rapport

Juliette Renaud, chargée de campagne aux Amis de la Terre, s’est d’abord vue refuser l’entrée dans l’Assemblée Générale, puis elle a pu s’y rendre après une attente de 2h30 et le contrôle d’un huissier, escortée par les responsables communication et relations ONG de Total.

 “Le gaz n’est pas une énergie “propre” ou “de transition”, c’est une énergie fossile au bilan climatique catastrophique en raison des inévitables fuites de méthane liées à son extraction, sa transformation et  son transport. Total s’enorgueillit de croître dans ce secteur, avec notamment l’acquisition récente d’importants actifs au Mozambique, alors qu’il s’agit d’une véritable bombe climatique. De plus, avant même qu’il ne commence, ce méga-projet gazier est déjà associé à de nombreuses violations des droits humains des communautés locales”, Juliette Renaud, des Amis de la Terre France

Visiblement, l’Etat fait plus de zèle pour protéger les intérêts des pollueurs que l’intérêt général. Si Total peut développer de nouveaux projets fossiles qui rendent impossible un futur souhaitable, c’est qu’il bénéficie du soutien formel de l’Etat et du gouvernement qui laissent la multinationale faire usage de son pouvoir outrancier dans les champs diplomatique, économique, universitaire, social et culturel. Nous appelons les institutions à rompre leur liens et leur complicité avec l’un des principaux destructeurs du climat.

Dans un article publié ce jour dans Le Monde, Landry Ninteretse, responsable pour l’Afrique de 350.org pointe également les activités de Total sur le continent :

« Cyclones, sécheresses, inondations… Notre continent est frappé par des catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes et aux conséquences dévastatrices pour les populations, comme vient encore de le montrer le cyclone Idaï au Mozambique. Pourtant, l’Afrique reste une sorte d’eldorado pour les multinationales de l’énergie. Comme si la nécessité de la transition énergétique n’était pas pour nous, constate . Plus de la moitié des Africains sont encore privés d’accès à l’électricité, mais cela ne justifie pas de recourir aux énergies fossiles. L’Afrique dispose de sources renouvelables en abondance. Multiplier les projets fossiles se fait au détriment de notre santé, du climat et de la biodiversité. Nos gouvernements doivent entendre que ce n’est pas ce que nous voulons. »

Total a été historiquement confronté à de multiples allégations de corruption et à la mise en cause de sa responsabilité pour de graves atteintes à l’environnement et aux droits humains. Si, comme l’a très bien documenté Alain Denault dans son livre “De quoi Total est-elle la somme”, les lacunes juridiques ou le détournement du droit ont permis à Total de se livrer à des activités destructrices de manière souvent légale, la multinationale se retrouve toutefois confrontée à de nouveaux risques juridiques imminents et de plus en plus tangibles en continuant à miser sur des projections incompatibles avec les objectifs de l’Accord de Paris.

“ Total cherche à échapper à sa responsabilité historique face à la crise climatique, mais le mouvement pour la justice climatique, les millions de jeunes en grève à travers le monde pour exiger la fin de l’ère des combustibles fossiles, forceront les institutions à prendre leurs responsabilités, et à tenir Total responsable pour les dommages qu’elle cause.” Clémence Dubois, de 350.org

Depuis quelques années, les grands groupes pétroliers tels que Total se retrouvent également sous la pression croissante des investisseurs, et doivent faire face à un mouvement exponentiel de la société civile qui exige un désinvestissement massif du secteur des énergies fossiles. Désormais, cette industrie doit également faire face à un nouveau risque financier : un certain nombre de collectivités territoriales américaines, exposées à l’augmentation du niveau de la mer, demandent d’ores et déjà des réparations aux “carbon majors”, dont Total. Constatant l’inaction de Total face au dérèglement climatique, plusieurs associations et treize collectivités territoriales françaises ont interpellé Total le 22 octobre 2018 pour lui rappeler que sa stratégie n’est pas conforme aux exigences de la loi sur le devoir de vigilance afin d’exiger qu’elle limite le réchauffement à 1.5 °C. Face à la politique irresponsable de Total, elles sont prêtes à saisir la justice.

Ce rapport est donc le renouvellement d’un appel à la mobilisation citoyenne et à la responsabilité de nos institutions face au principal responsable de la crise climatique : l’industrie fossile, et au premier rang Total.

Face à la stratégie du pire assumée par Total, nous sommes rassemblés derrière des demandes vitales :

  • que les Etats cessent d’accorder des subventions et des exonérations d’impôts à Total, qu’ils contraignent les banques à cesser de soutenir les activités destructrices de Total,
  • que les investisseurs institutionnels et les actionnaires ne financent plus l’exploitation ou l’exploration des gisements de gaz et de pétrole et désinvestissent,
  • que les universités, les musées refusent d’être associés à Total.
  • Pour que la multinationale soit enfin tenue responsable des dommages qu’elle cause.
  • Pour que ces nouveaux projets fossiles ne puissent voir le jour, et que ceux en développement soient arrêtés.
  • Pour que justice soit rendue possible aux communautés, aux cultures, aux écosystèmes détruits à travers le monde.
  • Pour que les millions de jeunes en grève puissent avoir un futur possible. Pour la justice climatique.

Rapport : https://notreaffaireatous.org/wp-content/uploads/2019/05/RapportTOTAL_2019.05.28_CMJN300dpi_compressed.pdf

Rapport publié par :